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Arts plastiques 4 min de lecture

L’exploitation minière de l’avenir

Le musée Zeppelin de Friedrichshafen attire l'attention sur le début du pillage des fonds marins et de l'espace

Article paru dans Édition juin 2023
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Des minerais provenant d'astéroïdes ? (Échantillons minéraux tirés de l'installation « Mining the Skies » de Betha ny Rigby) © ME

On peut se fier à une règle d’or : plus un sujet est important, plus ses répercussions sont vastes et durables, moins l’humanité s’en soucie. En juillet prochain, l’Autorité des fonds marins des Nations unies (ISA) pourrait délivrer les premières autorisations « provisoires » pour l’exploitation minière en eaux profondes dans les eaux internationales. Des entreprises telles que TMC (Canada), Loke (Norvège) ou DEME (Belgique) sont dans les starting-blocks. Sinon, presque personne ne se soucie de savoir d’où proviendront le cobalt, le lithium et les autres composants nécessaires à la numérisation et à la transition énergétique. Jusqu’à présent, seules quelques campagnes isolées de Greenpeace et du WWF s’indignent du fait que près de la moitié des fonds marins, soit, selon une estimation approximative, un tiers de la surface de la Terre, risquent d’être bouleversés.

Notre monde devient de plus en plus vert, durable et dématérialisé, promet la publicité. En réalité, cela continuera sans doute à se résumer à une surexploitation et à l’exploitation. C’est ce que laisse présager le projet culturel allemand « Mining. Abbau der Zukunft » : la Völklinger Hütte et six autres musées
, le Théâtre national de Kassel et trois universités se penchent sur la lutte pour les ressources et ses conséquences pour l’homme et l’environnement. L’Institut Fraunhofer IAO de Stuttgart met en place à cet effet une plateforme numérique qui, sur plusieurs années, permettra d’adopter un « regard nuancé et critique » sur l’extraction des matières premières.

La série d’événements a débuté en mai à Friedrichshafen, au bord du lac de Constance : le Zeppelin-Mu-
, dédié à la technologie innovante et à l’art, présente « Into the deep ». Cette exposition consacrée aux mines du futur propose des vidéos, des installations et d’autres prises de position de six artistes sur l’exploitation minière en eaux profondes, qui en est à ses débuts, ainsi que sur l’exploitation minière spatiale, encore très utopique, sur des astéroïdes ou sur la Lune.

Pour se mettre dans l’ambiance, nous faisons toutefois d’abord un retour dans le passé. À travers des pièces provenant de dirigeables, une voiture de construction légère datant de 1925 et d’autres pièces exposées issues de la collection du musée Zeppelin, l’histoire de l’aluminium est retracée : Pour extraire de la bauxite le « métal du vol », d’énormes quantités d’énergie sont consommées ; chaque tonne d’aluminium produit environ 1,5 tonne de boue rouge toxique. Heureusement, cette matière première précieuse, souvent gaspillée inutilement, se recycle bien : on estime que les trois quarts de l’aluminium produit depuis 1880 sont encore en circulation aujourd’hui.

Dans la section consacrée à l’exploitation minière des fonds marins, l’artiste Kristina Õllek combine, dans son installation vidéo *Nautilus New Era*, des films publicitaires d’une société d’exploration – déjà à nouveau en faillite – avec des documentaires sur la destruction de ce fragile écosystème sous-marin. Pour son installation Prospecting Ocean, le photographe et cinéaste Armin Linke s’est non seulement rendu à la Conférence internationale sur l’avenir des océans à New York, mais il a également interrogé des collaborateurs de l’Autorité internationale des fonds marins en Jamaïque. Il donne également la parole à des pêcheurs de Papouasie-Nouvelle-Guinée qui ne veulent pas servir de « cobayes » à des technologies risquées et non éprouvées.

L’installation « Mining the Skies » de Bethany Rigby montre que l’extraction des terres rares dans l’espace ne nécessite pas forcément l’envoi d’équipements lourds : dès aujourd’hui, 20 % du cuivre est extrait sur Terre par lixiviation microbienne, c’est-à-dire à l’aide de bactéries. La gigantesque carte murale
« Astropolitique » de Léonore Bonaccini et Xavier Fourt, qui vise à mettre en lumière « les réalités cachées du système capitaliste et la logique coloniale », n’est pas vraiment claire. En tout cas, le duo d’artistes parisiens ne semble pas avoir une très haute opinion de l’initiative luxembourgeoise SpaceResources.lu : ils ont d’ailleurs représenté à côté un dinosaure doté d’une tête de pelleteuse.

L’œuvre vidéo *From Mars to Venus* a été spécialement réalisée par l’artiste Ignacio Acosta pour Friedrichshafen. Malheureusement, ce n’est qu’à la lecture des textes d’accompagnement que l’on comprend que ces images de paysages dévastés en Suède et au Chili sont censées mettre en lumière la « résistance autochtone ». Le « laboratoire de la durabilité » s’avère plus instructif : les visiteurs de l’exposition peuvent y calculer leur propre consommation. Un seul petit robot aspirateur, par exemple, contient neuf « matières premières critiques ». Quant à savoir d’où elles proviennent toutes, nous préférons ne pas trop nous en préoccuper.

« Into the deep. Les mines du futur » est à découvrir jusqu’au 5 novembre à Friedrichshafen. Si vous vous y rendez en transports en commun, à vélo ou à pied, l’entrée à cette exposition « climatiquement neutre » vous coûtera 10 % de moins. zeppelin-museum.de