Si François Bausch, comme il l’a annoncé mardi au président de la Chambre, démissionne de son mandat le 10 juillet, ce n’est pas seulement un député de longue date, ancien assesseur à la Chambre des États, ministre et vice-Premier ministre de 2019 à 2023, quitte la scène politique après 35 ans, mais aussi le chef officieux des Verts.
C’est Bausch qui les a orientés vers un parti de centre-gauche, une sorte de DP « verte ». Le fait que les Verts aient gouverné en Allemagne aux côtés du SPD de 1998 à 2005 a fourni un modèle pour montrer comment le parti luxembourgeois frère pouvait être amené à gouverner : en dissociant les idées anticapitalistes de la revendication d’un retrait du Luxembourg de l’OTAN. En effet, sous la houlette du ministre des Affaires étrangères vert Joschka Fischer, les troupes terrestres allemandes avaient été déployées pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale dans le cadre d’une opération militaire (au Kosovo) en 2001.
En 1999, Bausch a pris la présidence du groupe parlementaire des Verts ; il l’a conservée jusqu’à ce qu’il devienne ministre en 2013. Les députés verts excellaient dans l’analyse et faisaient preuve d’un esprit de réforme dans leurs propositions, mais ils n’étaient pas révolutionnaires. C’étaient plutôt des acteurs pragmatiques, à l’image de ce que souhaitait être leur chef de groupe, qui a formé ses collègues en conséquence. Le fait que Déi Gréng ait formé une coalition avec le DP dans la capitale en 2005 était donc logique et a servi de modèle pour leur participation au gouvernement à partir de 2013.
En réalité, François Bausch s’était déjà préparé à se retirer dès le deuxième gouvernement formé avec le DP et le LSAP. Il avait déclaré qu’il ne se présenterait pas aux élections législatives de 2023 et avait cédé la place de vice-Premier ministre à Félix Braz dès 2013. Lorsque Braz a quitté le gouvernement en 2019 et que l’affaire « Gaardenhaischen » de Roberto Traversini a également eu des répercussions sur la ministre de l’Environnement Carole Dieschbourg, Bausch est intervenu pour maintenir la cohésion du parti. Les Déi Gréng pensaient en effet être en passe de devenir un parti populaire : avec trois sièges supplémentaires remportés aux élections législatives de 2018, ce qui ne les séparait plus que d’un siège du LSAP, et le résultat record de 18,91 % aux élections européennes de 2019. Peut-être leur électorat de base dépassait-il désormais les dix pour cent.
En octobre, cela s’est avéré être une erreur. Si l’analyse interne menée jusqu’à présent par le parti a montré que Déi Gréng, au sein de la coalition gouvernementale, avait négligé son image et perdu le contact avec la société civile, cela inclut également l’erreur d’appréciation de Bausch, qui pensait qu’il suffirait de rester dans le sillage du DP pour obtenir un troisième mandat de la coalition bleu-rouge-vert. Lui-même aurait alors volontiers occupé le poste de commissaire européen, notamment chargé de la mobilité.
La direction des Verts revient désormais à Sam Tanson, porte-parole du groupe parlementaire, qui n’occupe plus cette fonction, ainsi qu’au duo de présidents du parti, Meris Sehovic et Djuna Bernard. Bernard succédera à Bausch à la Chambre. C’est lui qui a lancé ces trois personnalités dans la politique nationale.