Non, rien du tout !
Mischo-député aurait-il (encore) plus de pouvoir de nuisance que Mischo-ministre ? Ce jeudi, lors de sa première interview depuis sa démission, il a joué sur tous les registres : la colère (« ça suffit avec le Mischo-Bashing ! »), le rejet de la responsabilité (sur ses anciens fonctionnaires), la victimisation (« gutt an d’Suckel kritt »), le dégoût (la lettre syndicale serait « niveaulos, infekt, feig »), l’indignation (« ech hunn ni eng gedréint »), le sarcasme (« dee schreckleche Mischo »). Son passage dans l’émission matinale de RTL-Radio révèle un homme politique blessé et rancunier, en mode « destroy ». Bref, un boulet pour le gouvernement. D’autant plus que Mischo affirme n’avoir fait que respecter l’accord de coalition. « Pourquoi aurais-je fait autrement ? Eh bien, parce que j’ai respecté l’accord de coalition ! » Le gouvernement aurait dû se montrer « beaucoup plus ferme » face aux syndicats, auxquels il aurait cédé trop rapidement. Implicitement, Mischo dénonce la faiblesse du Premier ministre : lors des négociations sociales, « des choses se sont tout simplement passées qui, à mon avis, n’auraient pas dû se produire. Mais c’est tout de même le gouvernement qui est en face ! » Georges Mischo prêtera serment au Krautmaart mardi (photo : sb). bt
Agitation au sein du LSAP
Ben Streff occupait depuis avril 2022 le poste de directeur du LSAP ; mardi, il a annoncé son départ. Le groupe parlementaire et surtout les anciens ministres ne s’impliqueraient pas suffisamment dans le travail du parti – ils ne seraient « pas assez sur le terrain », a-t-il expliqué mercredi sur RTL-Radio pour justifier sa décision. La présidente du groupe parlementaire, Taina Bofferding, ne s’exprimerait pas clairement et ne mènerait pas une politique d’opposition offensive. Jeudi, sur RTL-Télé, Paulette Lenert a déclaré qu’elle n’était pas le genre de femme politique qui « va à toutes les fêtes populaires, même si j’aimerais bien » ; dans le même reportage, Taina Bofferding a déclaré que les divergences d’opinion entre la direction du parti et le groupe parlementaire étaient inévitables. Le poste de directeur du parti n’existait pas avant 2022 ; jusqu’alors, le LSAP disposait d’un « secrétaire à l’organisation » ou d’un « coordinateur ». Selon le LSAP, M. Streff aurait de plus en plus confondu ce poste avec celui de stratège du parti, sans pour autant connaître en détail le travail parlementaire du groupe. C’est Mil Muller, de Greiweldingen, qui lui succédera au poste de responsable du parti. Ben Streff restera conseiller communal à Berdorf, comme l’a précisé le Tageblatt. sm
Docteur en sciences sociales
Quatre semaines après avoir reçu le feu vert du Conseil d’État, le projet de loi sur les sociétés médicales a été rendu public hier. Il s’inspire principalement de la loi de 2011 sur la profession d’avocat. Le fait que cette loi n’ait pas dû être modifiée depuis lors est remarquable, selon l’exposé des motifs, ce qui fait de la loi sur les avocats un modèle de sécurité juridique. En aucun cas, la nouvelle loi n’autorisera la participation d’investisseurs n’exerçant pas la profession de médecin, de dentiste, de psychothérapeute ou de vétérinaire. Le ministère de la Santé et des Affaires sociales a justifié auprès du Land le long délai de publication du projet par le fait que la ministre Martine Deprez avait attendu la validation du procès-verbal de la séance du Conseil de gouvernement du 17 décembre et qu’elle avait ensuite soumis le texte « à la procédure » de publication. pf
Au-delà de la directive
Vendredi dernier, le Conseil d’État a adopté un projet de loi visant à transposer la directive européenne relative à la protection de la presse contre les poursuites abusives (SLAPP). Il s’agit de poursuites civiles assorties de demandes de dommages-intérêts si élevées qu’elles visent, à elles seules, à intimider les médias et les rédactions. La ministre déléguée aux Médias, Elisabeth Margue (CSV), a déclaré mercredi lors de la réception du Nouvel An organisée pour la presse en présence du Premier ministre que ce projet de loi allait au-delà de la directive européenne, qui ne concerne que les poursuites SLAPP transfrontalières. Dans le cas de poursuites purement luxembourgeoises, le plaignant pourrait être tenu de verser une caution. La charge de la preuve serait renversée et il incomberait au plaignant de démontrer que sa plainte est fondée. Le texte n’a pas encore été rendu public par le Parlement. Lors de la réception du Nouvel An, Luc Frieden a salué le rôle de la presse dans la démocratie ainsi que dans la critique du gouvernement (photo : sb). pf
Géopolitisation
Le paysage industriel du Luxembourg s’est façonné autour de considérations environnementales (cf. les polémiques Fage et Knauf). Il se dessine aujourd’hui en fonction de considérations géopolitiques. En utilisant les mots-clés « Regulatory Barrier », « Failed Assets Acquisition » et « Geopolitical Risks », le média chinois Yicai Global (appartenant à un conglomérat d’État) rapporte que Defu Technology a renoncé à l’acquisition de Circuit Foil à Wiltz après avoir vu ses ambitions d’investissement limitées par le ministère luxembourgeois de l’Économie.
Selon une note déposée à la Bourse de Shenzhen, « la transaction n’ayant pas obtenu l’approbation inconditionnelle des autorités étrangères compétentes, la société et la contrepartie (coréenne, Volta Energy Solutions, ndlr) ont convenu à l’amiable de mettre fin à l’acquisition. » Le groupe industriel chinois a en effet été informé par les services de Lex Delles (DP) qu’il ne pourrait acquérir qu’une participation minoritaire dans le producteur de feuilles de cuivre basé dans le nord du Luxembourg et qu’il n’aurait aucun droit de veto sur les décisions de gestion. À cela s’ajoutent « des restrictions supplémentaires concernant la gouvernance d’entreprise, la propriété intellectuelle, les secrets commerciaux et d’autres questions opérationnelles », peut-on encore lire dans le document publié par Defu.
Cette acquisition, d’une valeur de 175 millions d’euros, avait été annoncée en juillet dernier par le groupe basé dans le Jiangxi. Elle avait été accompagnée d’une notification adressée au ministère de l’Économie en vertu de la loi de 2023 relative au contrôle des investissements dans les secteurs critiques. La production de Circuit Foil est destinée à la conception de batteries électriques et de circuits électroniques de haute technologie utilisés dans l’intelligence artificielle et la défense : une production et une expertise devenues rares en Europe puisqu’elles ont été délocalisées en Asie au cours des dernières décennies. Compte tenu de l’importance stratégique de l’investissement et de l’origine de l’investisseur, le gouvernement avait été saisi et avait délivré une autorisation conditionnelle… qui n’a manifestement pas satisfait l’acquéreur. PSO