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Premiers amours (luxembourgeois)

« Premières amours » : tel est le titre du tout nouveau recueil qui rassemble des textes d’auteurs luxembourgeois, comprenant des nouvelles en français, en allemand et en anglais. Quand on pense au premier amour, on…

Article paru dans Édition août 2021
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« Premières amours » : tel est le titre du tout nouveau recueil qui rassemble des textes d’auteurs luxembourgeois, comprenant des nouvelles en français, en allemand et en anglais. Quand on pense au premier amour, on pense intuitivement à des personnes (ou aux attentes liées au « (premier) (grand) amour »). On pense peut-être à une personne en particulier ou à une situation ; à la peau, aux frissons, aux sentiments, au désir ou au respect, à l’obsession ou au coup de foudre. À l’échec ou à la durée, à l’épanouissement ou à la déception. À une personne ou à plusieurs personnes aimées de différentes manières, les unes après les autres, les unes à côté des autres, les unes avec les autres. Et à ce qui reste de ce premier amour. Mais pour couper court tout de suite aux spéculations : un seul texte fait véritablement référence à ces images et impressions, à savoir Frustratingly Unicorn de Jean Bürlesk, qui aborde de très près le fait d’être amoureux et l’amour, les attentes face à la virginité.

Dans les autres textes, on s’en rend vite compte : ce n’est pas un seul « premier amour », chargé de symbolisme, qui est au centre de l’attention, mais les « premiers amours ». C’est ce pluriel qui donne le ton : dans les douze textes de ces auteurs luxembourgeois, l’amour apparaît comme l’éclosion d’une passion pour quelque chose de toujours nouveau.

« Premier amour ? Je ne l’ai su que plus tard, bien plus tard, je ne l’ai su qu’au moment du dernier amour ; maintenant je sais que tout amour est toujours le premier, tout amour est toujours le dernier », écrit Lambert Schlechter (p. 95), et Ian de Toffoli : « Il n’y a jamais qu’un seul amour, ils sont plutôt – et c’est tant mieux – plusieurs. Et bien divers en genre. » (p. 63) Ou encore, avec la plume acérée de Jean Portantes :

« Mais à chacune j’ai juré, voilà pour l’autre côté, que c’était mon premier amour. En ajoutant chaque fois, histoire de me donner bonne conscience, mais était-ce nécessaire ?, l’adjectif « vrai » entre « premier » et « amour », ou « grand », ce qui rendait la chose plus crédible, personne ne gobant que, à un âge avancé, je sois resté puceau en la matière » (p. 87).

Dans certains textes, l’amour devient le symbole d’une passion ou d’un objet qui a captivé l’esprit. Cette passion n’est pas de nature romantique, mais plutôt une fascination pour un objet, la musique, la littérature ou l’écriture ; il peut aussi s’agir du premier désir intense et irrépressible de posséder quelque chose (comme dans le texte d’Anja di Bartolomeo, *Das Schwein*, raconté avec humour du point de vue d’un enfant). Carla Lucarelli associe le souvenir qui s’estompe des premières fois où l’on s’est tenu la main dans le bus ou du coup de foudre pendant les vacances d’été à son amour naissant pour l’art, à la découverte du *Rouge et le Noir* ou du *Moderato cantabile*. Bon nombre de ces textes se déroulent pendant l’enfance et sont encadrés par le regard d’un narrateur ou d’une narratrice plus âgé(e) qui les replace dans leur contexte. Parmi les textes écrits du point de vue d’un enfant, *Liebe Tilly* d’Elise Schmits se distingue particulièrement : la narratrice se souvient avoir demandé, enfant, à sa tante Mathilde pourquoi elle ne s’était jamais mariée – alors que « tante Mathilde n’était pas du tout excentrique, cuisinait à merveille et était pourtant célibataire ». (p. 34) (Ce qui, dans la perception enfantine du monde, aurait constitué des critères d’exclusion pour le mariage.) Entre les jeux d’enfants et leur vision du monde, les souvenirs de ses propres attentes concernant le mariage, l’amour et le cours des choses, la narratrice rétrospective se demande finalement, depuis son point de vue actuel : « Aurais-je peut-être mieux fait de lui demander si elle avait déjà été amoureuse ? Je n’aurais pas osé, et cela ne me regardait pas non plus » (p. 38).

De la même manière, le récit de Georges Hausemer, *Damals, in den Sechzigern* (À l’époque, dans les années soixante), se place du point de vue d’un enfant : c’est un fragment de souvenir d’une camarade de jeu perdue de vue depuis longtemps, et donc d’une période précise, détachée, presque oubliée de la vie. Et le récit très intense et émouvant de Nico Helminger, *M ou premiers amours*, qui ondule sur la fine crête d’une vague en forme de « m », prêt à dévaler à tout moment, à s’effondrer sur lui-même et à être perçu comme une expérience envahissante. Il est certes surprenant que la puberté ne soit pas un thème dominant (on pourrait citer à cet égard *Lucy Love* de Fabienne Hollwege, Kremart 2019 – ce qui constituerait d’ailleurs un complément en langue luxembourgeoise), mais cela tient peut-être au fait que de nombreux textes ont osé faire le saut d’un thème donné vers l’association libre, passant ainsi du premier amour à l’acte d’aimer. Tantôt poétiques, comme *Parva Petra* de Nathalie Ronvaux, tantôt suffisantes et ludiques, ces histoires sont aussi variées sur le plan linguistique que surprenantes sur le fond.

Premières Amours. Aphinités n° 8, Éditions Phi (2021). 136 pages, 16 euros