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Société 4 min de lecture

Huit propositions d’explication

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition septembre 2021
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La fondation « Centre hospitalier Emile Mayrisch » est contrôlée par les conseils communaux d’Esch-sur-Alzette, de Dudelange et de Differdange, ainsi que par ArcelorMittal. Elle a décidé de regrouper ses trois hôpitaux municipaux au sein d’un établissement central, le « Südspidol ». En 2016, elle a confié la construction au cabinet d’architectes autrichien Albert Wimmer. Le choix de l’architecte a été effectué par un « jury indépendant » à l’issue d’un appel d’offres européen. Cette indépendance garantit que personne n’assume la responsabilité de ce choix.

Ce choix s’est avéré être une erreur qui a coûté des millions. La semaine dernière, la fondation a résilié le contrat. Elle s’est sentie trahie en matière de planification, d’estimation des coûts et de suivi des travaux. C’est ce qu’a dénoncé vendredi Georges Mischo, maire d’Esch (CSV) et président de la fondation. À ce jour, le cabinet d’architectes a perçu 14,4 millions d’euros d’honoraires. À cela s’ajoutent désormais les coûts liés au retard, au nouvel appel d’offres et à une procédure en dommages-intérêts.

Outre le Südspidol à Esch, le cabinet d’architectes Albert Wimmer a conçu l’hôpital Nord à Vienne. Un rapport de la Cour des comptes autrichienne daté du 14 mai 2018 a imputé à l’architecte la responsabilité de « plans déficients » (p. 13) et de « lacunes dans le traitement des demandes de frais supplémentaires » (p. 47). Les reproches formulés étaient les suivants : « Le concours d’architecture international a été remporté par un architecte attitré de la ville de Vienne, proche du SPÖ. Son épouse s’est présentée aux élections municipales sous la bannière du SPÖ. Le fait que cet architecte, qui n’avait jamais conçu d’hôpital auparavant, ait devancé 37 concurrents pour être désigné meilleur architecte hospitalier n’est pas seulement jugé remarquable par ses confrères » (p. 163).

Ce n’est pas la fondation qui finance la construction du Südspidol, dont le coût s’élève à plus d’un demi-milliard d’euros, mais la collectivité. Le 12 juillet 2018, les 60 députés ont approuvé à l’unanimité une enveloppe de 433,5 millions d’euros. Les 20 % restants sont pris en charge par la caisse d’assurance maladie. Les députés étaient au courant du manque d’expérience et du manque de fiabilité du cabinet d’architectes. Un mois auparavant déjà, le « Luxemburger Wort » avait attiré l’attention sur le rapport de la Cour des comptes autrichienne.

Cela n’a incité aucun député à demander le report du vote ni même à s’abstenir. La rapporteuse et conseillère communale Taina Bofferding (LSAP Esch) a déclaré en passant qu’elle espérait « qu’on n’en arrive pas à une telle situation ». La ministre de la Santé du LSAP et ancienne maire Lydia Mutsch (LSAP Esch) a assuré avoir pris « toutes les précautions nécessaires » et disposer de « toutes les garanties pour l’avenir ». Marc Baum (Lénk Esch) a évoqué des « différences fondamentales » entre les projets de construction de Vienne et d’Esch. Gusty Graas (DP) a déclaré ne pas vouloir « y revenir ». Jean-Marie Halsdorf s’est exprimé au nom du CSV. Il est vice-président de la fondation depuis 2019.

Pourquoi tous les députés, la ministre de la Santé, le Conseil d’État, le Collège des médecins et la Caisse d’assurance maladie ont-ils, dans un élan de concorde nationale, fait mine de ne rien voir et de ne rien entendre ? Alors qu’ils vivent habituellement dans la crainte constante qu’une chômeuse ou un bénéficiaire de l’aide sociale reçoive 2,20 euros de plus que ce à quoi ils ont droit ?

Les explications possibles sont les suivantes : 1. La solidarité du DP et des Verts avec leur partenaire de coalition, le LSAP. 2. La grande coalition CSV/DP/LSAP/Verts des communes de la fondation. 3. L’équilibre de la terreur entre les lobbies des médecins et des hôpitaux, le ministère de la Santé et la Sécurité sociale. 4. Le conseil d’administration de la fondation, composé de 26 membres et regroupant tous les clans. 5. L’apparence utile d’une autonomie hospitalière financée par l’État. 6. Le réflexe politique de se montrer généreux envers les électrices malades et fragiles. 7. Paul Wurth Geprolux en tant que chef de projet du maître d’ouvrage contrôlé par Arcelor-Mittal. 8. Les « partis du centre », pour lesquels les pauvres ne peuvent être que des parasites sociaux sans succès et les architectes viennois que des entrepreneurs à succès.