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Cinéma 5 min de lecture

Mostra – Action, soixante-dix-huitième édition

La décision a été prise à l’unanimité. « Nous, les membres du jury, avons vraiment adoré ce film et notre décision a été unanime », a déclaré le président du jury, Bong Joon-ho, peu avant de décerner le Lion d’or au…

Article paru dans Édition septembre 2021
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La décision a été prise à l’unanimité. « Nous, les membres du jury, avons vraiment adoré ce film et notre décision a été unanime », a déclaré le président du jury, Bong Joon-ho, peu avant de décerner le Lion d’or au drame sur l’avortement d’Audrey Diwan, L’événement, clôturant ainsi la 78e édition du Festival du film de Venise. Un bon présage pour la production française
et sa réalisatrice ? Chloé Zhao, lauréate de la Leone d’oro l’année dernière – également membre du jury cette année –, ainsi que Bong, lauréat de la Palme d’or à Cannes, ont également raflé les prix lors des deux dernières cérémonies des Oscars. Cette tendance va-t-elle se poursuivre ? Il est bien plus intéressant de noter que les grands prix décernés cette année par deux des trois plus grands festivals de cinéma européens ont été remportés par des réalisatrices.

« Titane » de Julia Ducournau et « L’événement » d’Audrey Diwan sont certes deux longs métrages très différents, mais ils se rapprochent beaucoup sur le fond. Ces deux films mettent en scène des héroïnes qui, chacune à leur manière, se battent pour avoir leur mot à dire sur leur propre corps. Dans les deux cas, ce combat doit être pris au sens littéral, même si ces luttes se déclinent de manière radicalement différente. Mais il s’agit aussi de luttes autour de leurs propres récits, qui peuvent être transposés aux réalisatrices elles-mêmes. Ce n’est pas un hasard si ces deux réalisatrices se démarquent ainsi. Les festivals de Cannes et de Venise, en particulier, ont dû essuyer des critiques – justifiées ou non – selon lesquelles les films en compétition étaient réalisés, dans une proportion supérieure à la moyenne, par des hommes. Il semble illusoire de penser que la Palme des « Titane » et le Lion de l’« Événement » constituent un signe fondamental d’un changement de cap, mais on peut tout à fait parler d’une dynamique intéressante.

Sur les 21 films au total, cinq avaient placé des personnages féminins au cœur de l’intrigue dans la section « Concorso » de Venise cette année. Deux de ces histoires féminines ont été mises en scène par des femmes. Et ces deux films sont des adaptations littéraires : le film de Diwan s’inspire des écrits autobiographiques d’Annie Ernaux ; le premier film de Maggie Gyllenhaal, *The Lost Daughter*, s’inspire d’un roman d’Elena Ferrante. Ces deux films traitent du rôle des femmes en tant que mères, bien que dans des situations de départ diamétralement opposées. Dans *L’événement*, qui se déroule en France au début des années soixante, la jeune étudiante Anne est enceinte de quelques semaines à peine, tandis que Leda, incarnée par Olivia Colman, se remémore, pendant ses vacances en Grèce, son passé de jeune universitaire et de mère. On pouvait s’attendre à ce que Gyllenhaal, en tant qu’actrice, réalise un film destiné aux acteurs et actrices. La manière dont elle aborde la condition de mère est toutefois plutôt rare dans le cinéma américain, où les stars sont légion. En effet, ses observations et ses propositions sur le sujet sont pour le moins audacieuses. Quant à savoir si le prix du meilleur scénario décerné à Gyllenhaal n’est pas aussi, en grande partie, un hommage à Elena Ferrante, nous ne nous étendrons pas sur cette question ici.

Dans *Madres paralelas*, Pedro Almodóvar, chouchou des festivals, traite ses personnages féminins de manière bien plus mélodramatique. Son histoire, qui mêle maternité double et travail de mémoire sur le passé espagnol sous Franco, peine quelque peu, sur le papier, à concilier ces deux aspects. Penélope Cruz reste néanmoins au sommet de son art. Que Cruz ait remporté la Coppa Volpi n’a surpris personne. Olivia Colman, Anamaria Vartolomei dans *L’événement* et même Kristen Stewart dans *Spencer* de Pablo Larraín auraient tout aussi bien pu être des candidates dignes de ce prix. Cette année encore, ce sont les actrices qui ont été, dans l’ensemble, les plus intéressantes de la Mostra.

Le cinéma italien s’en est particulièrement bien sorti lors de la Mostra de cette année. Ces deux dernières années, il avait respectivement remporté un prix de consolation pour le meilleur acteur. Le jury présidé par Bong a toutefois été séduit non seulement par le nouveau film de Paolo Sorrentino (voir d’Land, 10 septembre 2021) – *The Hand of God* a remporté le Grand Prix du jury ainsi que le Prix Marcello Mastroianni décerné au jeune talent Filippo Scotti –, mais aussi par le nouveau film très attendu de Michelangelo Frammartino, *Il buco*. Frammartino avait – tout comme Jane Campion, lauréate du prix de la mise en scène pour *The Power of the Dog* (d’Land, 10/09/21) – refait surface après dix ans d’absence, avec un film entièrement muet. Il buco suit des spéléologues dans les profondeurs d’une gorge calabraise. Les notions de temps et d’espace s’estompent tant dans la gorge que dans la salle de cinéma avec ce film hypnotique, qui s’est retrouvé en compétition comme un ovni. Pour ceux qui n’ont encore jamais vu d’œuvre du « slow cinema », Frammartino en offre une magnifique introduction. *Il buco* aurait largement mérité mieux que le simple prix spécial du jury.