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Cinéma 4 min de lecture

L’habit fait l’homme

Cinéma

Article paru dans Édition décembre 2021
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La filmographie du réalisateur britannique Ridley Scott peut, pour simplifier, être divisée en deux grands axes : d’une part, c’est un réalisateur capable de s’attaquer aux grands genres d’aventure et d’en tirer des films somptueux aux images saisissantes : 1492 – Conquest of Paradise (1992), Gladiator (1995), Kingdom of Heaven (2005) ou, plus récemment, The Last Duel (2021). D’autre part, il réalise régulièrement des thrillers de moindre envergure, mais dont le casting n’en est pas moins prestigieux : Body of Lies (2008), The Counselor (2013), All the Money in the World (2017). Avec *House of Gucci*, Ridley Scott s’inscrit dans cette seconde tendance. Son nouveau film est centré sur la maison de couture Gucci, mondialement connue, influente et prestigieuse, dont le président, Maurizio Gucci (Adam Driver), a été assassiné à Milan en 1995 de deux balles dans la tête. C’est sa femme, Patrizia (Lady Gaga), qui avait engagé un tueur à gages pour l’assassiner. Sa condamnation à 18 ans de prison avait fait grand bruit dans le monde entier.

Scott a toujours été davantage un créateur d’images qu’un conteur, et *House of Gucci* n’est pas son premier film à séduire par sa splendeur visuelle, tout en restant globalement assez prévisible. Cela n’est certes pas tant imputable à la mise en scène qu’au scénario de Roberto Bentivegna, qui s’inspire du roman de Sara Gay Forden publié en 2001 et reste prévisible jusque dans le moindre rebondissement : L’accent n’est pas tant mis sur la construction du suspense dans l’intrigue que sur la valeur symbolique d’une marque (Gucci), qui débouche sur la perte des valeurs et de l’identité d’une famille à la tête de l’entreprise. Il est évident que Scott crée délibérément des constellations cinématographiques historiques : En choisissant Al Pacino pour incarner Aldo Gucci, un homme d’un certain âge mais dégageant une forte autorité, chef de cette puissante famille, le réalisateur établit un lien avec le rôle d’Al Pacino en tant que Michael Corleone dans la saga mafieuse de Francis Ford Coppola, *Le Parrain* (1972). D’une manière générale, la proximité avec le film de gangsters est indéniable. À l’instar de Martin Scorsese dans Les Affranchis (1990) ou Casino (1995), Scott caractérise dans House of Gucci la structure dynamique du monde du crime organisé : C’est l’engrenage de la cupidité qui tourne ici, et c’est autant la soif de richesse matérielle que celle d’attention qui pousse les gens à franchir les limites morales. House of Gucci est donc un film qui fonctionne à plusieurs niveaux : une histoire de famille où les pères n’aiment pas leurs fils, où la belle-fille est perçue comme une menace et où les enfants implorent la reconnaissance. Dans sa déconstruction de la famille, Scott se montre bien plus impitoyable dans *House of Gucci* que dans *All the Money in the World* (2017). Nous observons des personnes complètement brisées, dont les identités se sont depuis longtemps dissoutes derrière le nom de famille Gucci et qui ne se définissent plus qu’à travers le statut de la marque. Les luttes pour la hiérarchie, la reconnaissance et le prestige se déroulent ainsi sur une période d’environ 30 ans, et Scott sait mettre habilement en scène les excès, le glamour et l’attrait de l’argent, voire de la marque. À cet égard, Scott peut sans doute s’appuyer sur son expérience de réalisateur de publicités pour la télévision, qui a posé les bases de sa future carrière cinématographique. Il a habillé ses images magnifiquement photographiées, sous la direction de son directeur de la photographie de longue date, Dariusz Wolski, d’une trame musicale composée de chansons pop contemporaines, allant de George Michael et Donna Summer aux Eurythmics et New Order. Les dynamiques interpersonnelles de l’ancien empire familial sont saisissantes : Adam Driver s’appuie entièrement sur une étude de personnage sérieuse, Jared Leto, dans le rôle du frère un peu niais Paolo, se rapproche délibérément de la caricature ridicule, et Lady Gaga joue ostensiblement avec tous les signes de la snobisme de classe – une mosaïque qui compose la famille Gucci dans toute sa contradiction, et un film qui évolue entièrement en surface sans jamais être superficiel.