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Société 4 min de lecture

Une CSV qui lui est propre et meilleure

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition février 2022
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Les élections législatives se profilent. On le remarque à la création de petits partis. Ils promettent un vent de changement et un retour à une politique intègre. Ils veulent placer les citoyens au centre de leurs préoccupations. C’est ce que promettent tous les partis depuis un siècle.

Avant les dernières élections, une douzaine de petits partis s’étaient annoncés : Déi Liberal, En marche, Déi Konservativ, Parti pour la démocratie intégrale, Parti des citoyens, Biergerlëscht, Démocratie, Parti libre, écologique et démocratique, Parti populaire social-démocrate, Parti social-libéral du Luxembourg et Alternative sociale libre. Les petits partis attirent les dissidents d’autres formations. C’est pourquoi seuls deux d’entre eux ont tenu jusqu’au dimanche des élections. Aucun n’a été élu.

Cette fois-ci, c’est l’ancien président du CSV, Frank Engel, qui prendra le départ en premier. Il y a un an, le groupe parlementaire du CSV avait comploté contre lui. Il avait alors menacé de fonder son propre CSV, « meilleur » que l’actuel. Puis il semblait avoir abandonné : « On ne fait pas ce genre de choses sans argent. Et moi, je n’en ai pas », se lamentait-il le 27 octobre sur RTL.

Contrairement au procureur, le tribunal n’a pas voulu faire le sale boulot pour le groupe parlementaire du CSV. D’autant plus que celui-ci avait atteint son objectif. Il a acquitté Engel de toutes les accusations. Et celui-ci a aussitôt trouvé de l’argent. Sur Facebook, l’entrepreneur Gary Kneip a annoncé le 13 janvier sa toute nouvelle start-up : « Je vais créer un nouveau parti avec Frank Engel et Marc Ruppert ». Si Kneip avait obtenu 17 voix de plus il y a cinq ans, il siégerait aujourd’hui au conseil municipal de Käerjenger pour le DP.

Marc Ruppert, professeur d’histoire, avait démissionné de son poste de secrétaire général du DP en 2017. Il avait reproché à la présidente Corinne Cahen d’adopter une attitude autoritaire. Celle-ci lui a rappelé qu’il avait été écarté lors de l’établissement des listes de candidats pour les élections régionales, car il n’avait obtenu que la seizième place aux élections municipales de la capitale. Il souhaite désormais tenter sa chance avec un autre parti lors des prochaines élections municipales.

Frank Engel avait animé le Cercle Joseph Bech, un mouvement libéral de droite, dans le but d’éliminer la doctrine sociale chrétienne du CSV. Avec Gary Kneip, Marc Ruppert et des dissidents d’autres partis, il souhaite désormais fonder un parti libéral de droite. Et devenir l’Emmanuel Macron de la politique luxembourgeoise.

Le programme se trouve dans le tiroir. En tant que président du CSV, il l’avait envoyé aux membres du CSV il y a un an afin de faire campagne pour sa réélection. « Une réduction budgétaire ne peut pas ouvrir la voie à la durabilité », estimait Engel (p. 12). Il avait débuté sa carrière politique au sein des Verts. Il promettait de « rétablir la sécurité et la tranquillité dans la ville et dans les quartiers » (p. 13). Il souhaitait instaurer un service civil volontaire en remplacement du service militaire obligatoire. Il réclamait des tests de luxembourgeois plus stricts pour l’octroi de la nationalité. Il souhaitait revenir davantage au scrutin majoritaire. En matière de politique sociale, il se contentait de quelques formules toutes faites. Dans le titre de son programme, il lui suffit de remplacer deux mots : « Nous, le CSV. Nous au Luxembourg ». Un projet pour le CSV. Pour 2023 et au-delà.

Un parti libéral de droite ne veut pas être un parti populaire. Il s’exprime au nom d’une petite bourgeoisie qui a peur de son propre courage. Il s’adresse aux indépendants et aux fonctionnaires, pour qui le CSV n’est plus d’aucune utilité, ainsi qu’aux électeurs du DP qui reprochent à Xavier Bettel d’avoir trahi le libéralisme.

La menace de Frank Engels n’est pas une menace. C’est une étape dans le déclin du Parti populaire conservateur. La plus grande menace pour le CSV, c’est lui-même. Une décennie après le fiasco électoral, ses rangs de premier plan restent vides. En cette année de primaires, il est dirigé depuis les rangs secondaires par des figures du passé. Ses opinions politiques se limitent à des critiques occasionnelles à l’encontre du gouvernement. Le CSV ne veut plus être clérical ni conservateur. Malheureusement pour lui, il n’est plus rien d’autre non plus.