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Institutions et démocratie 10 min de lecture

Contre la « propagande climatique et de genre »

Avec Fred Keup, nouveau venu en politique, l'ADR entend lutter contre l' élite gambienne et donner la parole au peuple véritable

Article paru dans Édition mars 2023
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Contre la « propagande climatique et de genre »
Fred Keup mène la campagne électorale de l'ADR en tant que tête de liste © Olivier Halmes

Une moquette bleu clair recouvre la salle et lui confère une touche rétro. Des pensées – aux fleurs jaunes, rouges ou violettes – ornent les tables. Les convives sont pour la plupart des personnes à l’âge de la retraite. Près de 200 membres de l’ADR se sont réunis dimanche dernier au Parc Hotel de Dommeldange à l’occasion du congrès national. Fred Keup, officiellement désigné ce jour-là comme tête de liste, s’est réjoui pendant le congrès de cette « belle et élégante salle ». Depuis la tribune, l’ADR affirme représenter l’ensemble du peuple, toutes les catégories professionnelles et toutes les classes sociales. Et comme l’ADR incarne le peuple, elle souhaite l’impliquer davantage par le biais de référendums – « y compris dans la politique communale ». Trop souvent, par crainte des mouvements citoyens, les dirigeants voteraient beaucoup de choses en secret, met en garde le député. « Les élections, c’est pour les gens, la seule occasion où on leur demande leur avis. Profitez de ces moments, ils sont rares », s’exclame l’ancien professeur de géographie à travers la salle. Il faut regarder le gouvernement actuel : « Il craint la voix du peuple ». Tous les partis sont envahis par la crainte de la date des élections, estime le président du parti ADR. Seul l’ADR ne redoute pas le mois d’octobre prochain, car il est porté par la conviction, sans modestie, d’être la véritable voix du peuple. Il vise à entrer au gouvernement et a soumis une proposition de coalition au CSV : « Ne leur fais pas confiance, Luc. » Les partis au pouvoir l’auraient ignoré en 2013 et le feraient à nouveau cette fois-ci. Il devrait regarder à sa droite.

La sécurité est une évolution qui préoccupe actuellement de nombreux citoyens, ainsi que Fred Keup : « Tout le monde connaît quelqu’un qui a été victime d’un cambriolage ». Les dirigeants au pouvoir ne rendraient pas publiques les statistiques, et la population ne serait pas correctement informée de l’ampleur réelle de la criminalité. « Nous ferons de la sécurité et de la lutte contre la criminalité une priorité politique de notre campagne électorale, que cela leur plaise ou non », a-t-il lancé aux autres partis. (Pourtant, le DP et le CSV défendent déjà depuis des décennies les questions d’ordre public). Le président d’Adrenalin, Maksymilian Woroszylo, s’est également joint au chœur lors de son discours. Le parti de la jeunesse réalise désormais des vidéos qu’il publie sur Facebook. Il y a quelques semaines, il s’est rendu dans le quartier de la gare afin d’y documenter la situation. Conclusion : « La vidéo est vraiment bien réussie ; bien sûr, ceux de la gauche se sont énormément emportés, ce qui signifie que nous avons fait quelque chose de bien. » Et d’ajouter : « Nous devons sérieusement remettre de l’ordre dans le quartier de la gare. » Le parti de la jeunesse de l’ADR est lui aussi le porte-voix du peuple. Car alors que d’autres partis de jeunesse se réjouiraient de la hausse des prix de l’essence et du diesel, les membres d’Adrenalin ont interrogé des habitants sur des parkings au sujet de cette hausse des prix. Contrairement aux « socialistes du champagne », l’ADR ne se moque pas de « nos propres concitoyens ». Le Luxembourg affiche les prix alimentaires les plus élevés, tandis que le gouvernement gaspille de l’argent dans la « propagande climatique et de genre », s’est indigné Woroszylo.

Outre la symbiose entre le peuple et l’ADR, évoquée dimanche matin, un dialogue au sein du parti a eu lieu entre Fred Keup et Maksymilian Woroszylo. Les premiers mots de « Maks » s’adressaient à son modèle politique : « Fred, tu es une source d’inspiration importante pour Adrenalin, tu as deux enfants merveilleux, tu as une femme merveilleuse, et c’est génial que tu sois joignable à tout moment, on trouve ça vraiment super.» Fred Keup, quant à lui, répond plus tard : « Merci Maks, merci à Adrenalin, vous faites un travail formidable ». Le mouvement rencontre un succès croissant, notamment auprès des jeunes. La nouvelle dynamique au sein de l’ADR et le renforcement international des populistes de droite font croître le nombre d’adhérents. Lors du congrès, il a été annoncé que le mouvement comptait désormais près de 1 800 membres, dont 300 rien que l’année dernière.

Fred Keup s’est fait connaître lors du référendum de 2015 sur le droit de vote des étrangers ; à l’époque, il avait mobilisé les électeurs presque à lui seul en faveur du « non » et s’était présenté comme un rempart contre les attaques visant la langue luxembourgeoise. En 2018, il s’est présenté pour la première fois aux élections législatives sous la bannière de l’ADR et a remplacé Gast Gibéryen au Parlement en 2020. En mars 2022, ce nouveau venu en politique a été élu président du parti avec 84 voix sur 94. Avant de se lancer dans la politique, il enseignait la géographie au lycée technique d’Esch depuis 2003 et était bénévole au sein du club de football de Kehlen. Maksymilian Woroszylo est président d’« Adrenalin », l’organisation de jeunesse de l’ADR. Cet étudiant en génie mécanique dispose d’un excellent réseau international et a participé début mars à la « Conservative Political Action Conference » aux États-Unis, un rassemblement mondial des conservateurs de droite. C’est probablement lui qui a organisé la diffusion du message vidéo du Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, diffusé dimanche vers la fin du congrès. Le Premier ministre, membre du parti PiS, conservateur et clérical, a appelé l’ADR à s’engager aux côtés de son parti pour défendre l’Occident chrétien. Ce fut la seule intervention à mentionner l’Église. Mais alors que le président d’Adrenalin s’efforce de s’aligner sur un mouvement transnational de droite, ce zèle semble faire défaut chez Fred Keup. Les deux hommes sont plutôt unis par une politique identitaire populiste de droite.

Si Feierkrop était encore parmi nous, il ne pourrait plus écrire que l’ADR est un parti « Kukident », assure pour sa part Sylvie Mischel en référence à la nouvelle génération de politiciens. La présidente des Femmes de l’ADR s’oppose également à la « propagande de genre ». On défend la biologie plutôt que l’idéologie. « Le combat porte aujourd’hui sur le contrôle du langage », mais l’ADR s’oppose systématiquement à la neutralité de genre ; au sein de l’ADR, on continuera à dire à l’avenir : « Mesdames, messieurs. » Elle met en garde contre les féministes radicales qui voudraient, à l’école, supprimer Goethe et Voltaire au profit d’œuvres littéraires écrites, par exemple, par des femmes noires. « Nous disons non aux Verts, non à la maternité de substitution, non à la fécondation post mortem », assure-t-elle. Seul l’ADR défend les intérêts des femmes et de la famille. Fred Keup partage cet avis. Aucun autre parti ne s’engage en faveur des familles et des enfants, a-t-il affirmé dimanche. « Nous avons un ministre qui estime que les enfants sont mieux pris en charge dans des structures qu’à la maison, au sein de leur famille. » C’est là une politique familiale socialiste. Et dans ses crèches, « on ne parle pas le luxembourgeois », bien que le ministre Claude Meisch prétende le contraire, s’est emporté Keup. À plusieurs reprises, la cause qui tient à cœur à Fred Keup, à savoir la préservation du luxembourgeois, a résonné au micro. Il faut la « mettre en avant ». Il est particulièrement regrettable que le DP ait donné un nom français (Stade de Luxembourg) au stade national. Les symboles sont eux aussi supprimés : « Nous sommes une nation qui, après des siècles, remplace sa « Roude Léiw » par un « X ». C’est la Gambie ! Et nous sommes les seuls à nous y opposer. »

Avant le congrès, un homme a expliqué qu’il se présentait cette fois-ci aux élections municipales sous la bannière de l’ADR, car il était impressionné par l’orientation familiale du parti. Mais il s’est dit encore plus déçu par la politique menée par le gouvernement et le CSV face au coronavirus. Selon lui, toute cette pandémie n’était qu’un canular destiné à enrichir une poignée de personnes. « J’ai moi-même été hospitalisé et j’y ai beaucoup appris sur les virus. » On dit certes que le parti est d’extrême droite, « mais je n’ai pas vu d’extrémistes de droite ici ». Le président du parti, Fred Keup, s’est abstenu de critiquer la politique du gouvernement pendant la pandémie dans son intervention. Maksymilian Woroszylo et Fernand Kartheiser ont toutefois attisé la colère des participants en évoquant leur frustration face au coronavirus. Le président du parti de la jeunesse a évoqué une « fraude générale liée au Covid », tandis que Fernand Kartheiser a affirmé que la ministre de la Santé, Paulette Lenert, et le Premier ministre, Xavier Bettel, n’avaient cessé d’imposer de nouvelles mesures répressives. « On n’oubliera pas ça », a lancé le Kerschener à travers la salle.

Un autre thème central de l’ADR a été abordé par Tom Weidig au début du congrès : « l’explosion démographique ». Et on passerait sous silence le fait que la problématique des prix du logement est liée à l’immigration de masse. Tom Weidig est, avec Fred Keup, coauteur de l’ouvrage *Mir gi Lëtzebuerg net op – Auflösungserscheinungen einer kleinen Nation* (Je ne cède pas le Luxembourg – Signes de désintégration d’une petite nation). Dans cet essai, les responsables politiques de l’ADR mettent en garde contre la disparition de la langue luxembourgeoise et d’une identité nationale qui, selon eux, était autrefois bien affirmée. Fred Keup a déclaré que « l’urbanisation excessive, l’anonymisation et l’individualisation » seraient les conséquences d’une croissance effrénée. Sans compter des embouteillages de plus en plus fréquents, des écoles trop petites, moins de lits d’hôpitaux et un manque de policiers. Tout cela est peut-être facile à proclamer dans une salle bondée de partisans. Mais lorsqu’il s’agit de questions factuelles et d’analyses économiques, le discours devient assez vague et peu convaincant. Mercredi matin, la journaliste de RTL Carine Lemmer lui a demandé, lors d’une interview, comment il comptait sortir de cette spirale de croissance. Fred Keup a alors répondu : il faudrait un modèle économique qui génère une forte valeur ajoutée sans nécessiter beaucoup de main-d’œuvre. (Or, le Luxembourg mise déjà, avec son secteur financier, sur une forte valeur ajoutée par habitant). Dimanche matin, il a qualifié le tourisme à la pompe de « formidable », affirmant qu’il rapportait chaque année un milliard d’euros au pays, « sans grand effort ». Il a par ailleurs mis en garde contre une éventuelle interdiction des voitures. D’une manière générale, la politique d’interdiction serait une mode omniprésente, et pas seulement chez les Verts. Il a également jugé scandaleux que, dans certaines cantines scolaires, aucun plat à base de viande ne soit proposé certains jours.

Alors que les thèmes du genre, de la sécurité et de la croissance démographique ont été abordés à plusieurs reprises dimanche, certains sujets n’ont pas été évoqués du tout, comme l’agriculture (qui était autrefois un thème central sous l’égide du politicien de l’ADR Robert Mehlen) ainsi que la position vis-à-vis de l’Église (qui n’a d’ailleurs joué aucun rôle dans « Mir gi Lëtzebuerg »). Les crises mondiales, les relations commerciales internationales ainsi qu’une prise de position vis-à-vis de la Chine et de la Russie ont également été laissées de côté. D’une manière générale, l’intérêt politique de l’ADR ne semble pas s’étendre au-delà des frontières du Grand-Duché. Mais cela est sans doute normal pour un parti nationaliste.