Acte 1 – Exercice d’échauffement
22 février, ciel bleu, le soleil illumine le visage encore hivernal de Knuedler. Dans la salle multimédia de l’Hôtel de Ville, le plan de la ville est accroché au mur comme une promesse. La vaisselle Villeroy & Boch est prête ; des mini-Aachtercher, des escargots et des pains au chocolat sont soigneusement disposés les uns à côté des autres sur un plateau. Une poignée de journalistes s’est rassemblée. L’un d’entre eux murmure qu’autrefois, on discutait encore ici, mais que tout cela est révolu depuis longtemps. À 8 h 45, la bourgmestre Lydie Polfer (DP) et le premier échevin Serge Wilmes (CSV) font leur entrée dans la salle. Wilmes porte sa tenue habituelle : un blazer noir et une chemise blanche ; la bourgmestre, quant à elle, porte la combinaison inversée. Elle va droit au but. Elle annonce fièrement qu’un accord collectif a été signé hier pour les 2 555 employés de la ville de Luxembourg. Elle qualifie cet accord de jalon, de changement de paradigme qui perdurera pendant les 30 prochaines années. « On n’a jamais pris de décision à l’unanimité, alors que nous étions tous réunis. Ça faisait longtemps qu’on n’avait plus fait ça ! »
Le point suivant à l’ordre du jour concerne les étrangers inscrits sur les listes électorales. Actuellement, avec 6 172 électeurs et électrices inscrits, on se situerait en dessous des chiffres de 2017, mais on met tout en œuvre pour inciter davantage de personnes à s’inscrire. 74 000 personnes auraient la possibilité de voter. Serge Wilmes acquiesce. Mais on ne peut tout de même pas forcer qui que ce soit, poursuit Lydie Polfer. On vit – Dieu merci ! – toujours dans une société libre.
Le premier assesseur parle moins que la maire – jusqu’à ce que la discussion porte sur les corbeaux ; c’est alors qu’on lui donne la parole pour une intervention remarquable. Il commence par souligner que les corbeaux sont une espèce protégée. Il conseille de regarder une vidéo montrant un corbeau déposant une noix sous une voiture pour la faire casser. Cela montre très bien à quel point ces animaux sont intelligents. Cependant, c’est sur le boulevard Marcel-Cahen à Merl qu’ils posent actuellement le plus gros problème, où l’on recense pas moins de 174 nids, précise Serge Wilmes. Les corbeaux étant fidèles à leur partenaire, il faut multiplier ce chiffre par deux pour savoir exactement combien d’oiseaux y font leurs besoins sur ces voitures très coûteuses. Entre novembre et décembre, les colonies avaient été relativement maîtrisées. Mais il est désormais essentiel de mettre en place un plan national de gestion des corbeaux, qui sera élaboré d’ici la fin de l’année – or, ne disposant d’aucune connaissance ornithologique, la ville collabore désormais avec des experts néerlandais.
Pendant le monologue du corbeau, la maire se lève pour aller se chercher une tasse de café et un mini-chou à la crème. Seize nids ont été retirés près de l’école, sur le boulevard, précise Serge Wilmes. Pour réduire les problèmes, on pourrait élaguer les arbres, mais une solution plus durable serait de déplacer les corbeaux. Il faudrait observer très attentivement comment les corbeaux réagissent à cela. Lydie Polfer ajoute alors d’un ton penaud : « J’ai aussi eu un corbeau quand j’étais toute petite. » La conversation porte brièvement sur les boutiques éphémères, un autre domaine de prédilection de l’assesseur. Lydie Polfer a récemment perdu l’une de ses boucles d’oreilles, explique-t-elle dans ce contexte. Elle demande ensuite à Serge Wilmes de lui donner le numéro de téléphone de la bijoutière.
Acte 2 – Offensive
22 mars, ciel couvert, pas de printemps en vue. Les journalistes présents se demandent s’il est encore possible de discuter avec les élus communaux. À 8 h 42, Serge Wilmes et Lydie Polfer font leur entrée dans la salle multimédia. Elle commence par les bonnes nouvelles : à ce jour, 8 814 non-Luxembourgeois se sont inscrits pour les élections communales, ce qui porte le taux de participation à 10,87 %. Il s’agit principalement de Français, suivis des Portugais. « Nous ne voulons pas exercer de pression, cela reste un choix », déclare la maire. Les lettres personnalisées qui ont atterri dans les boîtes aux lettres auraient largement contribué à cette augmentation réjouissante. Si quelqu’un estime que tout va bien ici et ne souhaite donc pas s’impliquer, il faut également l’accepter. Cette attitude s’explique en outre par la forte rotation de la population, que d’autres communes ne connaissent pas à ce degré, s’accordent à dire Wilmes et Polfer.
La ville de Luxembourg a été élue « meilleure commune du pays » lors des People’s Awards ; les Londoniens et les Australiens affirment n’avoir jamais été aussi bien accueillis qu’ici, raconte Lydie Polfer. « Cet immense Wuesstem n’a pas seulement des conséquences positives, mais il apporte aussi beaucoup de choses que les gens apprécient. » Elle soupire. « Nous faisons de notre mieux. » Une journaliste demande si un étranger conserve automatiquement son droit de vote lorsqu’il déménage en dehors de la ville de Luxembourg. La maire n’a pas de réponse toute prête. Elle appelle le chef de service et lui explique au téléphone que l’information doit être correcte. Elle lance à sa collaboratrice de cesser ses recherches et de se corriger immédiatement : « Tu dois rattraper ton retard. »
Il y a aujourd’hui un nombre étonnamment élevé de journalistes. Cela s’explique peut-être par le point suivant à l’ordre du jour : les sociétés de sécurité privées et l’interdiction de mendier. « Nous attendons avec impatience que les caméras de Hamilius soient à nouveau opérationnelles », déclare Lydie Polfer. Son téléphone portable sonne, c’est le chef de service au bout du fil. Il lui répond qu’en cas de déménagement dans une autre commune, on conserve son droit de vote. Elle revient sur la question de la sécurité. « Ce n’est pas par caprice », s’insurge-t-elle au sujet des « agressions dans le parc ». Ce sujet débouche naturellement sur une discussion concernant la mendicité en ville, une situation insupportable, selon les termes de la maire. L’interdiction d’accès votée l’été dernier n’a pas donné grand-chose (d’Land, 15/07/2022). « Nous partageons notre manteau chaque jour avec ceux qui en ont besoin », explique-t-elle. Serge Wilmes acquiesce. « Nous aimons la politique sociale, ici, en ville, personne n’a besoin d’être mis à l’écart », ajoute-t-il, en énumérant des initiatives de travail de rue telles que « À vos côtés ». « Nous avons affaire ici à des personnes qui ne veulent pas d’aide », estime Lydie Polfer, avant de poursuivre, en référence à un homme souffrant de troubles psychiques : « Et celui-là… eh bien, il doit d’abord se protéger lui-même ».
L’ambiance dans la salle change. Trois journalistes, l’une après l’autre, demandent avec insistance comment une interdiction de mendicité devrait être mise en œuvre concrètement. Polfer et Wilmes n’apportent pas de réponse à cette question, mais renvoient plutôt à la police et à la justice, ainsi qu’aux maires de Diekirch, Dudelange et Ettelbruck, qui ont déjà instauré une telle interdiction. Un homme que l’on voit tôt le matin, qui n’a pas de jambes – il n’est certainement pas venu ici de son propre chef, mais grâce à des réseaux organisés qui se livrent à la traite des êtres humains. « Nous devons surveiller cela de près, sinon ils seront de plus en plus nombreux. » Pour conclure, elle évoque le mythe de Sisyphe en matière de sécurité.
Acte 3 – Apothéose
26 avril. « On a enfin un petit air de printemps », déclare Lydie Polfer en guise d’introduction. Puis on entre rapidement dans le vif du sujet. Selon les données de la police, les agressions criminelles en ville auraient augmenté de 25 %, et 40 % de la criminalité du Land aurait lieu sur le territoire municipal. En ce qui concerne le quartier de Kinnekswiss, la situation s’est « fortement détériorée » en matière d’agressions à l’arme blanche – « il faut donc adopter une nouvelle stratégie ». Les habitants de la ville veulent plus de sécurité, plus de surveillance, explique-t-elle. C’est pourquoi le conseil des échevins a décidé de prolonger, dans la mesure du possible, de deux heures les patrouilles des sociétés de sécurité, afin qu’elles commencent dès 15 heures. « Nous ne pouvons pas tolérer que les gens aient peur de se faire agresser en traversant le parc », ajoute Serge Wilmes en acquiesçant. Tous deux se plaignent de ne disposer ni de données suffisamment concrètes sur la violence, ni de moyens répressifs suffisants pour maîtriser la situation, et dénoncent un manque de transparence. « L’espoir meurt en dernier », soupire la maire en conclusion.
C’est ensuite au tour de Serge Wilmes de prendre la parole. Il explique que des arbustes sont en train d’être retirés du parc municipal afin de lui redonner son aspect d’origine, et que cela aura pour conséquence qu’il sera plus difficile de s’y cacher. L’inauguration de l’aire de jeux du Bambësch et celle du parc de Gasperich auront lieu avant les élections, explique-t-il fièrement. D’autres aires de jeux de la ville suivront, le Knuedler bénéficiera également de plus d’espaces verts, et le défilé aux flambeaux se tiendra à nouveau, pour la première fois depuis 2013, sur la place devant l’Hôtel de Ville ; le marché fait son retour – et un projet visant à relier Limpertsberg et le nouveau quartier de Muhlenbach au Bambësch par un pont destiné aux piétons et aux cyclistes est à l’étude.