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Institutions et démocratie 11 min de lecture

Qu’est-ce qui a mal tourné pour votre parti ?

Les Verts ont perdu des sièges au Parlement. Cette semaine, les raisons de cette chute des Verts ont fait l'objet de nombreuses spéculations.

Article paru dans Édition octobre 2023
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François Bausch © Gilles Kayser

« Ouais, c’est mieux », a commenté la journaliste de RTL Mariette Zenners vers 19 h 15 à propos du résultat des Verts, d’après les premières estimations provenant de la circonscription Nord. L’émission électorale de RTL était projetée en grand format sur les murs des Rotunden. Les têtes de liste Claude Turmes et Stéphanie Empain n’ont pas réussi à conserver leur siège dans le Nord. Le ministre de l’Énergie a perdu 7 000 voix par rapport à 2018. Seuls quelques membres du parti des Verts s’étaient rassemblés à l’intérieur de la salle en début de soirée. Dès le dépouillement des voix de liste, l’effondrement des Verts à l’échelle nationale s’était déjà dessiné. Les membres du parti sont restés devant la porte, un verre de crémant et un jus de pomme bio à la main, comme s’ils voulaient se protéger des mauvaises nouvelles diffusées par le streaming de RTL. Ils jetaient néanmoins un œil à leur smartphone pour suivre les dernières tendances. Une partie de la direction s’était entre-temps retirée dans les coulisses. Vers minuit, il était clair que le parti avait retrouvé son poids de 1989.

« J’ai eu mal au ventre ce soir », déclare Semiray Ahmedova. On a souvent été dans la ligne de mire, mais on a riposté et tenu nos engagements politiques, estime la candidate du parti Süd : Les transports publics ont été modernisés, en matière de politique du logement, Henri Kox a trouvé un moyen de faire baisser les prix et une grande partie des sources d’eau potable sont aujourd’hui protégées. Face à la montée de la droite du centre, Josée Lorsché se demande : « Où en est arrivée notre société ? » Pendant la campagne électorale, elle n’avait pas vu venir cet effondrement. Les échanges avec les électeurs avaient donné lieu à des retours positifs. « Et Sam Tanson a prouvé ce dont elle était capable – à savoir argumenter de manière brillante », s’étonne Josée Lorsché face à ce mauvais résultat.

Il en va autrement pour Georges Nesser, qui s’est présenté aux élections municipales de Remich : « Dans mon entourage proche, certaines personnes disent qu’il leur est impossible de voter pour un Vert. » Dans les zones rurales, les Verts seraient fortement mal vus. Gilles Losch partage cet avis. Chez lui, à Helperknapp, trois agriculteurs siègent au conseil municipal. La propriété foncière joue ici un rôle central – les contraintes liées à la protection de la nature sont perçues comme une ingérence dans la vie privée. « Mais j’entends aussi des jeunes électeurs dire que les Verts ne sont plus assez branchés à leur goût », explique-t-il. Ceux-ci voteraient désormais pour les Pirates, qui popularisent des thèmes tels que le véganisme et la protection des animaux. D’autres Verts supposent qu’il y a eu un transfert d’électeurs vers le DP et le LSAP ; il se pourrait que d’anciens électeurs du CSV aient désormais opté pour l’ADR – et que le vide ainsi créé au sein du CSV ait été comblé par d’anciens électeurs des Verts. Cela expliquerait pourquoi le CSV a obtenu un résultat similaire à celui de 2018.

En effet, les Verts semblaient être en concurrence avec les Pirates. Dans le nord, les Pirates ont gagné un siège, tandis que les Verts en ont perdu un. Et dans le sud, une course au coude à coude s’est engagée entre les Pirates et les Verts pour un siège restant. Finalement, vers 21 h 30, il est apparu que le coprésident du parti, Meris Sehovic, allait entrer au Parlement dans le sud. Face aux journalistes, il a tenu des propos axés sur la politique identitaire : « C’est un grand honneur, je suis le premier représentant de la communauté issue de l’ex-Yougoslavie au Parlement ». Le parti espérait ensuite remporter un troisième siège au centre afin de conserver la taille de son groupe parlementaire – en vain ; le siège restant est revenu au LSAP.

Lundi, Rick Mertens, journaliste à 100,7, a demandé à la coprésidente du parti, Djuna Bernard : « Qu’est-ce qui a mal tourné pour votre parti ? » « J’aimerais bien avoir une réponse », a rétorqué la candidate du Centre. Il n’y a sans doute pas une seule réponse, mais plusieurs, à ce « massacre des Verts », comme l’a qualifié le journaliste de RTL Serge Pauly pour décrire le résultat des élections. Et les hypothèses ont fusé cette semaine. Lundi, lors du « Presseclub » de RTL, la journaliste du Wort, Ines Kurschat, a estimé que Sam Tanson, en tant que ministre de la Justice et de la Culture, n’avait pas su faire passer de manière convaincante les priorités écologistes – même si elle-même a obtenu de bons résultats. Dimanche, des voix se sont également élevées au sein de la base, estimant que les aspects désagréables du changement climatique, tels que les incendies dans les Ardennes et les pénuries d’eau potable, avaient été évités pendant la campagne électorale – peut-être à tort. Laurent Schmit, journaliste au *Reporter*, a écrit que les Verts s’étaient pliés à la logique de la coalition et n’avaient plus imposé leurs propres priorités. Le parti n’avait rien d’autre à offrir que le compromis bleu-rouge-vert : pendant la campagne électorale, « pratiquement aucune revendication n’est allée au-delà du plan national pour l’énergie et le climat sur lequel le gouvernement s’était mis d’accord cet été ». Ils n’ont pas osé critiquer les partenaires de la coalition, notamment les erreurs du DP en matière de politique du logement. Et ils n’ont pas admis leurs propres erreurs concernant la loi sur la protection des locataires. À cela s’ajoute le fait que les débats de campagne se sont concentrés sur des dossiers techniques, comme la politique fiscale, dans lesquels le CSV s’est plutôt illustré. Et entre-temps, le DP, le LSAP et le CSV se sont également emparés du thème du climat. C’est ce qu’a souligné Elisabeth Margue au lendemain des élections. La tête de liste du CSV a estimé que la protection du climat et de l’environnement n’était pas l’apanage des Verts. Il existerait d’autres voies que celles proposées par les Verts.

Les candidats verts ont régulièrement évoqué le « Green-Bashing ». Lundi matin, Meris Sehovis a déclaré : « Nous avons vécu une campagne électorale marquée par une agressivité massive à l’encontre de notre parti. » En septembre, Sam Tanson avait indiqué à des journalistes qu’elle avait supprimé son compte Facebook. Les attaques qui y sont menées contre les Verts allemands sont copiées-collées, hors contexte, sur les Verts locaux via des mèmes. Personne ne se donne ici la peine d’analyser les enjeux politiques. L’un des objectifs de l’ADR, le 8 octobre, était d’obtenir plus de voix que les Verts. Ils ont affûté leur propre profil en interprétant la transition énergétique et la transformation écologique comme une attaque contre la voiture familiale et en affirmant que les Verts menaient la société de l’avant avec une attitude élitiste et une idéologie climatique.

Un discours que le CSV ne se lasse pas non plus de répéter. Mardi, le député du CSV Michel Wolter a affirmé, à propos du nouveau gouvernement, qu’on allait aller à la rencontre des gens, « pour les rassurer et les réconforter, et leur faire oublier leur mauvaise conscience » (alors que Luc Frieden a fait campagne en mettant en avant ses traits de caractère autoritaires et sa proximité avec le grand capital international. Ce n’est qu’à titre secondaire qu’il a tenté de se montrer proche des citoyens). Le sociologue Steffen Mau s’est exprimé la semaine dernière dans différents médias au sujet de la prétendue polarisation de la société. Sa conclusion : l’être suit la conscience. L’agitation sociale constamment évoquée par les responsables politiques et son amplification par divers médias conduirait, dans un deuxième temps, à une véritable polarisation. Au cours d’une table ronde avec des responsables politiques lundi, le journaliste de RTL François Aulner a lancé : « Ça a l’air de mieux marcher quand on s’en prend aux Verts. C’est plus tendance, je ne sais pas trop pourquoi. » En revanche, cela passe moins bien lorsque les médias traditionnels soulignent les insuffisances d’autres responsables politiques.

Le député Charles Margue, sociologue et ancien directeur de l’Ilres, a analysé la situation de la même manière le soir des élections : « À cause des médias, on ne sait plus ce qui se passe. » Il pense notamment aux réseaux sociaux, mais pas seulement : « Savons-nous quels podcasts écoutent les personnes issues de la deuxième génération d’origine d’Europe de l’Est et lusophone, et quelles émissions elles regardent ? Quelles thèses y sont diffusées ? » Par ailleurs, de plus en plus de personnes mépriseraient l’engagement politique et civique. Selon la direction du parti des Verts, un glissement vers la droite s’est produit dimanche. Mais le CSV voit les choses autrement : « Je ne parlerais pas d’un glissement vers la droite ; l’ADR a gagné un pour cent et a ainsi remporté un siège. On ne peut donc vraiment pas parler d’un quelconque glissement », a déclaré le président du CSV, Claude Wiseler, sur Radio 100,7. Il y a quelques années, l’ADR détenait sept sièges. Le journaliste Rick Mertens ajoute : « À une époque où le parti avait un autre nom et une autre orientation. »

Dans un entretien accordé au journal *Land*, François Bausch évoque le terme « Gaardenhäischen » pour expliquer davantage ce désastre électoral. En 2019, *Reporter* avait révélé que Roberto Traversini avait fait réaliser des travaux sans autorisation sur sa maison et sa tonnelle, situées dans l’une des plus anciennes réserves naturelles. L’ancienne ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg, est par ailleurs soupçonnée de ne pas avoir délivré a posteriori d’autorisation légale à Roberto Traversini. Elle a finalement démissionné en raison de ce favoritisme présumé envers son collègue de parti. Ces accusations n’ont toutefois pas encore été examinées par la justice. En 2017, Roberto Traversini avait été un véritable aimant à voix dans le sud, doublant alors le nombre de sièges du parti à Differdange. Dimanche, les Verts ont chuté de 13 % à Differdange, passant de près de 18 % à 5 %. Dans le sud, le parti avait également été affaibli par la crise cardiaque du vice-Premier ministre Félix Braz en 2019, lorsque ce dernier, originaire d’Esch, avait dû se retirer définitivement. Après sa convalescence, un conflit juridique interne concernant sa destitution a par ailleurs éclaté.

Le mouvement écologiste, organisé au sein de la société civile, attribue cette débâcle électorale à un enchevêtrement de procédures administratives au sein du ministère de l’Environnement : les terrains vagues ne pourraient pas être transformés en logements en raison des contraintes environnementales. De plus, le parti aurait été freiné par la coalition, qui n’aurait pas tenu ses promesses assez rapidement. Il n’aurait par ailleurs pas su mettre en valeur les projets des ONG de manière à susciter l’intérêt du public. Mais le problème de communication semble aller encore plus loin : Claude Turmes et Henri Kox n’ont guère su présenter leurs décisions de manière accessible au grand public – et ont ainsi manqué l’occasion de promouvoir la politique verte. De manière générale, Claude Turmes ne serait pas bien perçu. « Il n’est pas Camille Gira », entend-on au sein de la base du parti. Ce natif de Beckerich savait faire preuve d’une réelle empathie envers ses interlocuteurs – on reproche aujourd’hui à la direction du parti de « fréquenter trop ses semblables », comme l’a formulé le journaliste de RTL Jean-Marc Sturm. Avec des citoyens cultivés et des personnes aisées ? En tout cas, ce sont là leurs électeurs et électrices, comme le suggèrent des études sur les Verts allemands. Peut-être ont-ils perdu de vue les personnes à faibles revenus comme public cible pendant la crise énergétique. Et si les électeurs se sont rendus aux urnes il y a cinq ans en période de haute conjoncture, on associe aujourd’hui, en période de forte inflation, le parti à une idéologie anti-économique et post-matérielle. Parmi les électeurs indécis qui se sont détournés du parti, la crainte d’une récession semble également prévaloir.

Les Verts ayant perdu leur statut de groupe parlementaire, ils ne peuvent plus exercer d’influence sur l’organisation des séances plénières. Toutefois, afin d’accéder à une enveloppe budgétaire plus importante, d’obtenir des locaux et de couvrir des frais de personnel plus élevés, le parti pourrait former un « groupe technique » avec déi lénk. Alex Bodry a annoncé sur X que le moment était venu d’une coopération entre socialistes et Verts « autour d’un projet socio-écologique commun susceptible de mener un gouvernement ». Aucune décision n’a encore été prise : « Nous devons d’abord analyser les résultats des élections avant de voir comment les choses vont évoluer », a déclaré François Bausch en milieu de semaine. Cela ne pouvait toutefois pas venir de Sam Tanson, qui « est une excellente oratrice ».