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Arts plastiques 5 min de lecture

« Papiers muraux », pas de papiers peints

La salle de réception de l’ambassade du Luxembourg à Berlin a changé d’aspect. Elle est plus blanche. Plus vide. Plus spacieuse. Plus sobre. Elle évoque l’espace d’une salle d’exposition de galerie, avec, en…

Article paru dans Édition juin 2024
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La salle de réception de l’ambassade du Luxembourg à Berlin a changé d’aspect. Elle est plus blanche. Plus vide. Plus spacieuse. Plus sobre. Elle évoque l’espace d’une salle d’exposition de galerie, avec, en arrière-plan, les grandes vitrines donnant sur la large Klingelhöferstraße, qui traverse le quartier des ambassades de Berlin. Ce nouveau visage s’explique également par le fait que l’aménagement classique de la pièce a été profondément modifié : les étendards ont disparu, le portrait du couple grand-ducal a été retiré. « Ce fut un véritable défi », explique l’ambassadeur Jean-Paul Ernest Senninger, « de transformer notre salle polyvalente en galerie. Mais Luc Wolf a réussi à métamorphoser cet espace. » Vendredi 31 mai, l’exposition « Wallpapers / Papiers peints » a été inaugurée à la Maison du Grand-Duché.

Sur les murs sont accrochés des ensembles composés de « travaux sur papier » de plus grand format, appelés « wallpapers » ou « papiers peints ». Il s’agit d’assemblages d’aquarelles de petit format, par deux, trois ou quatre, en groupes de six ou de neuf ; tantôt seules, fragmentées, tantôt gigantesques, encadrées, voire sous verre. Ces aquarelles tirent leur force de leurs motifs infiniment répétitifs, mais nullement réguliers, qui rappellent par exemple l’empreinte d’un verre d’eau mouillé. L’artiste Luc Wolff décrit lui-même ses œuvres comme des études pour ses travaux muraux. Il considère notamment les œuvres encadrées comme des vestiges de ses recherches, comme des pistes explorées puis abandonnées. Son attention se porte principalement sur un ensemble de neuf œuvres de grand format.

« Après le lycée, j’ai suivi une formation de jardinier. Mes parents avaient une pépinière et une jardinerie, et j’ai donc travaillé pendant près de dix ans dans l’entreprise familiale. À la fin des années 80, je me suis installé à Berlin, où j’ai d’abord étudié l’horticulture avant de me lancer dans la création artistique. Mon répertoire, ces formes organiques, trouve ses racines dans l’horticulture, dans la nature. Au début de ma création, les contours des différentes formes étaient encore clairement reconnaissables ; peu à peu, ils se sont estompés pour s’entremêler et former une structure », explique l’artiste pour contextualiser le mouvement récurrent de ses papiers peints. Luc Wolff peint à la main, au pinceau. Les couleurs présentent toutes des dégradés, elles ne sont jamais opaques ni unies, car il s’agit d’aquarelles. Les couleurs sont simplement là. Ce n’est qu’aux points de jonction que naissent des contrastes. Entre le kaki, l’orange et le bleu foncé, de nouvelles couleurs plus claires apparaissent. Mais ce qui ressemble à une illusion d’optique est bien réel. Parmi les couleurs plus sobres se cachent des petites taches jaune vif et rouge vif, comme si elles ne se cristallisaient qu’à ces points de jonction. Certaines œuvres sont de grand format, d’autres bien plus détaillées ; elles reprennent les motifs de leurs voisines ou se suffisent à elles-mêmes, que ce soit sous la forme d’une sorte d’expérience chromatique ou d’un jeu avec un nouveau format. Ce qui, à première vue, semble tout à fait homogène, comme s’il pouvait passer à l’arrière-plan – à l’instar de ce que les papiers peints sont censés faire –, révèle, lorsqu’on y regarde de plus près, sa complexité, ses variations infinies et ses innombrables détails individuels.

Dans les années 90, l’artiste s’est progressivement éloigné du domaine de la peinture pure. « Le geste fondamental consistait à enlever encore plus, à omettre encore davantage, plutôt que d’ajouter quelque chose. La première étape décisive a été franchie lorsque je suis allé si loin que, d’un seul coup, je ne peignais plus de tableaux », raconte Luc Wolff. C’est dans ce contexte que s’inscrivent également les structures des papiers peints, qui ne possèdent aucune symbolique intrinsèque. Elles sortent du simple cadre de l’image et rayonnent dans toute la pièce, conférant une atmosphère particulière à ses recoins et à ses niches. Mais ce n’est là qu’un petit aperçu d’une collection très complète.

Les petits formats suffisent à eux seuls à prouver que ces motifs pourraient certes recouvrir entièrement les murs, mais qu’ils ne le font en réalité jamais. Ils isolent l’essence même des papiers peints, de leurs motifs et de leurs combinaisons de couleurs, les arrachent à leur contexte potentiel – que nous ne pouvons qu’imaginer – et leur confèrent une nouvelle identité grâce à leur existence en tant que détail isolé.

Dans ses œuvres précédentes également, Wolff s’était consacré à l’exploration des zones périphériques, des espaces de passage ou des vides (par exemple « Wand », Galerie Christof Weber, Berlin, 1994, ou Offene Wände, Galerie de Luxembourg, Luxembourg, 1995), en enduisant les murs, puis en les supprimant complètement pour ne montrer que des espaces vides (comme avec Magazzino à la Biennale de Venise, en 1997). Finalement, une chaire de professeur à Halle consacrée à la couleur et au design – « justement, alors que je voulais justement renoncer aux couleurs », explique Luc Wolff – l’a ramené, au début des années 2000, à la peinture, à l’espace et aux murs, comme en témoignent les « Wallpapers ». Mais même dans cette œuvre, l’espace reste quelque chose de changeant, de perméable – un thème que Luc Wolff continuera d’explorer. « Je me suis rendu récemment à la Sainte-Chapelle à Paris », raconte-t-il à propos de son travail le plus récent, « où les vitraux m’ont inspiré. C’est une perméabilité fascinante qui établit un lien entre l’intérieur et l’extérieur, ce qui correspond tout à fait à ma vision. J’ai créé une série d’œuvres en plexiglas que je souhaite installer devant des murs blancs… » Des murs blancs aux effets de lumière, des limites des espaces aux possibilités de les redéfinir et de les ouvrir, les décalages restent ainsi un thème central de l’œuvre à la fois discrète et expressive de Luc Wolff.

Fonds d’écran / Papiers peints de Luc Wolff
jusqu’au 23 juin, Maison du Grand-Duché
de Luxembourg, Berlin