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Politique 4 min de lecture

Guillaume V

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition septembre 2025
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La semaine prochaine, un nouveau chef de l’État prendra ses fonctions. Non pas à l’issue d’élections générales, libres et secrètes, mais en tant qu’héritier. Les ouvrières, les employées, les fonctionnaires et les écoliers s’attendaient à un jour férié. Le gouvernement l’a offert aux entrepreneurs.

Les entrepreneurs saluent le « transfert d’entreprise ». La monarchie leur convient. Tant qu’elle ne prétend pas régner. La succession immuable des monarques doit refléter l’immuabilité des rapports sociaux en vigueur : la propriété privée des usines, des banques, des commerces, le travail salarié, le parlementarisme représentatif. Un prince est l’argument de vente de tout voyage de prospection.

Au XIXe siècle, la monarchie et la bourgeoisie se disputaient le pouvoir. Après deux révolutions, un coup d’État et des négociations de vente, elles parvinrent à un compromis en 1868. La grande-duchesse Marie-Adélaïde l’ignora. Le grand-duc Henri le remit en question. La bourgeoisie a remis les deux à leur place.

Le grand-duc Henri voulait devenir le Louis-Philippe du néolibéralisme. Le Premier ministre du CSV, Jean-Claude Juncker, espérait instaurer une cohésion nationale. Au prix d’une perte de cohésion sociale. Excentricités, gaffes et scandales ont fait de cette tentative un fiasco.

Le mouvement ouvrier et la bourgeoisie libérale considéraient la monarchie comme bigote et militariste : un pilier de l’État du CSV. Le Premier ministre libéral Xavier Bettel les a remis à leur place. La réforme constitutionnelle et le rapport Waringo ont transformé l’association héréditaire de Naussau en une fonction publique héréditaire.

De Manderscheid à Greisch en passant par Superjhemp, ce fonctionnaire incarne la petite bourgeoisie nationale. Loin du charisme aristocratique, Guillaume, fonctionnaire de souche, et son épouse Stéphanie respirent la banalité. Vêtus de tenues décontractées typiques de la petite bourgeoisie, ils poussent la poussette à travers la foule. Toujours un peu mal à l’aise dans leur peau. Toujours flanqués de leurs gardes du corps, à gauche et à droite.

Les mariages dans la haute noblesse sont mis en scène comme des mariages de conte de fées. Guillaume et Stéphanie ne font aucun effort pour passer pour le couple idéal. Le mariage petit-bourgeois est une union de convenance dépourvue de romantisme. « LA FEMME : Est-ce vrai que vous avez fabriqué vous-mêmes tous les meubles, y compris l’armoire ? LA MARIÉE : Tout. Mon mari l’a conçu, dessiné, a acheté les planches, les a rabotées, tout, puis les a collées, bref, tout, et ça a l’air plutôt bien » (Bertolt Brecht, Le Mariage petit-bourgeois, GBFA, tome 1, p. 245).

Guillaume Ier, II, III, IV, Adolphe, Charlotte, Jean et Henri ont eu quatre, cinq ou six enfants. Afin d’assurer la succession au trône. Aujourd’hui, les familles nombreuses sont aussi bien pauvres que riches. La famille petite-bourgeoise compte deux enfants. Guillaume et Stéphanie ont deux enfants.

Guillaume V. ne souhaite pas vivre et travailler dans un château. Il souhaite quitter la maison le matin, comme tous les fonctionnaires, pour se rendre au travail. Guillaume et Stéphanie prévoient de « construire une petite dépendance sur le terrain du château de Colmar-Bierg. Cette dépendance sera réservée à notre vie de famille et sera financée par nos propres moyens » (communiqué de presse, 17 juillet 24). Ils réalisent ainsi le rêve de toute famille petite-bourgeoise : celui d’avoir son propre logement.

La petite bourgeoisie domine sur le plan culturel. C’est pourquoi chacun se considère comme faisant partie de la petite bourgeoisie et se qualifie de « classe moyenne ». « [L]es gouvernements passent, les sociétés périssent ou s’étiolent, mais nous, nous dominons tout cela et la police est éternelle » (Honoré de Balzac, Les petits bourgeois, Bruxelles, 1855, vol. 5, p. 196).

Ses parents ont semé le chaos. À présent, c’est à Guillaume de rétablir l’harmonie. C’est avec joie qu’il montre à cette petite bourgeoisie : « Je suis aussi conventionnel que vous ! Je crois à la propriété, à l’ordre, à la sécurité. Je ne vais pas à la chasse. » Je trie mes déchets. Le soir, je regarde « Le Journal de RTL ».

C’est par la ruse du mimétisme que Guillaume V. entend réconcilier la petite bourgeoisie avec la monarchie. Il sacrifie ainsi ce qui fait sa singularité : la dignité aristocratique. La monarchie disparaît paisiblement dans sa « petit-bourgeoisification ». Alors, tous les petits-bourgeois se sentent capables de devenir grands-ducs, chefs d’État.