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Politique 4 min de lecture

Explosion

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition novembre 2025
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Dans son discours sur l’état de la nation prononcé en mai, le Premier ministre Luc Frieden a plaidé en faveur d’une augmentation drastique des dépenses militaires. Il est apparu « clairement qu’après de nombreux échanges, une grande majorité des partis était consciente de cette responsabilité ». Un mois plus tard, l’institut de sondage Ilres a annoncé que 61 % des personnes interrogées étaient favorables à une augmentation des dépenses militaires à hauteur de 2 % du produit national brut, et 47 % à une augmentation supérieure à 2 %.

À partir du budget de l’État pour 2026, ces pourcentages abstraits se traduiront par des milliards concrets. La Cour des comptes met en garde dans son avis budgétaire : « Pour 2027 et 2028, là encore, les prévisions antérieures sont largement dépassées […], l’augmentation de l’effort de défense pèsera lourdement sur les budgets de l’État au cours des prochaines années […] les déficits budgétaires prévisionnels indiqués […] sont sous-estimés » (p. 207-210).

Selon la Chambre des salariés, il manque en outre dans le budget militaire « les dépenses de l’Administration des bâtiments publics au profit de la Défense, les intérêts sur les prêts de l’État (quote-part de la Défense), ainsi que les prestations sociales en faveur du personnel de l’Armée » (Avis budgétaire, p. 105).

Des doutes s’expriment désormais. Dans son avis, l’ordre professionnel des fonctionnaires et des agents publics estime qu’un consensus entre les partis « ne signifie pas du tout qu’il y ait “un large consensus national” sur ce sujet. En effet, la population n’a pas été consultée » (p. 21). Les partis politiques craignent que leur scepticisme à l’égard de l’OTAN ne les empêche de participer au gouvernement. De telles préoccupations ne tourmentent pas les ordres professionnels.

Au sein des institutions publiques et des collectivités publiques, les dépenses d’armement sont généralement un sujet tabou. Il y a près de 20 ans, la Chambre de commerce demandait « de reconsidérer le montant des crédits alloués et d’échelonner le renouvellement des équipements militaires » (Avis budgétaire 2007, p. 138). Cette exigence d’austérité malavisée est restée sans suite.

Aujourd’hui, la Chambre de commerce soutient un lobby national de l’armement. La Chambre des fonctionnaires qualifie de « regrettable et perfide le fait que certains acteurs du secteur privé profitent désormais de l’occasion pour se mettre en avant afin de soutenir l’armement et la guerre dans un but de compétitivité économique et de profit » (p. 24). Car « “investir dans la paix” n’est pas synonyme d’“investir dans la défense”, ou autrement dit dans la guerre ». Il serait plus utile d’investir dans la diplomatie, « pour éviter les conflits au lieu de les provoquer » (p. 21).

Les chambres professionnelles des salariés ne se sentent pas menacées. Elles ne font aucune mention de l’« Ennemi . La chambre des salariés « regrette cette forte augmentation des dépenses dans le domaine de la défense » (p. 107). « En multipliant les investissements militaires, nous risquons de provoquer une course aux armements, renforçant ainsi les logiques de confrontation plutôt que la diplomatie et la coopération internationale » (p. 110).

Le gouvernement affirme certes que les dépenses militaires profitent à l’économie nationale. Mais « ce secteur industriel est très limité au Luxembourg et n’en tirera, au mieux, qu’un bénéfice indirect, la majorité des dépenses étant captées par des acteurs étrangers » (p. 110).

Dans le budget pluriannuel, « les dépenses consacrées à la lutte contre la crise du logement – régulièrement perçue comme le principal défi d’aujourd’hui – stagnent de facto sur toute la période, tandis que les crédits alloués à la défense connaissent une véritable explosion » (p. 108). Dépenser des milliards pour l’armée « réduit les marges budgétaires consacrées à ces urgences, et chaque euro investi dans l’armement est un euro qui n’est pas investi dans la lutte contre la crise du logement ou le changement climatique » (p. 109).

La Chambre des salariés est la plus grande organisation du pays. Elle compte 630 000 membres. En séance plénière, l’OGBL et le LCGB occupent 54 des 60 sièges de délégués. Ils mettent fin à la trêve politique avec le CSV et le LSAP.