Frank'n'stein

« Si c'est ça la folie, alors buvons à la santé de l'insanité »

d'Lëtzebuerger Land du 15.03.2001

C'est l'histoire de deux garçons qui se racontent le mythe de Frankenstein. Mais pas n'importe comment, attention ! Bref recadrage: Frankenstein, le monstre (celui avec le front démesuré), l'homme ressuscité grâce à la folie d'un savant fou, Viktor Frankenstein. Nombreux furent les films autour de cette histoire, à laquelle certains croient dur comme fer (enfants et grands enfants). Notamment le film tourné en 1932, réalisé par James Whale avec dans le rôle du monstre bizarre Boris Karloff, qui fut par ailleurs le premier d'une longue liste de Frankenstein. 

Et justement ici, pour cette pièce pour le moins rocambolesque, la trame de ce vieux film en noir et blanc est la base d'une histoire racontée au sujet d'une grande histoire. Tous les personnages sont de la partie, en commençant par ce terrifiant et en même temps triste produit humanoïde qu'est le pauvre Frankenstein, en passant par Viktor, son créateur, Dora, la fiancée cul-cul la praline de Viktor, le docteur Schulz, Henry, Stoff, le serviteur bossu, les villageois, les chiens, le furet, le vent, les éclairs et tant d'autres. C'est absolument génial ! Et vous savez pourquoi ? Et bien, tout simplement parce que c'est ça les jeux et les histoires imaginaires que créent les enfants, qu'ils nous racontent avec tant d'étincelles dans les yeux, au point que l'on est forcé de croire que ces monstres, ces fées et ces peluches qui parlent existent vraiment.

Deux comédiens, Daniel Plier et Lucas Bleger, avec leurs corps en caoutchouc et des têtes qui évoluent si vite au fil de la pièce que l'on croirait presque qu'ils sont une centaine sur scène. Des prouesses, ils font des prouesses, ils en font trop, beaucoup trop, ils sautent et ils dansent, ils chantent et ils sifflent et ça plaît. Plus : si par hasard une infime partie de vous se trouvait être encore coincée dans les méandres mélodieux et parfumés de l'enfance, alors vous serez ravis. 

À côté de ces deux vrais comédiens, un metteur en scène, tout jeune lui aussi : Fransisco Gil. Ce petit bonhomme d'apparence timide, mais qui en a du punch pour accomplir ce genre de mise en scène. Il est français ou plutôt strasbourgeois et il a déjà touché au théâtre : mises en scène de textes de Dario Fo.

S'il y a bien une pièce en ce moment à Luxembourg qui a un effet immédiat contre la déprime saisonnière, c'est bien Frank'n'stein. Elle se joue au TOL, qui, faut-il le rappeler existe depuis plus de vingt ans et qui se débrouille franchement bien sans d'énormes moyens. Et à propos de moyens modestes, Frank'n'stein reste également dans cette optique. 

Mais sincèrement, que faut-il d'autre à ces deux grands garçons si ce n'est une énorme malle magique, où se nichent tant d'histoires abracadabrantesques (et ici le mot est faible) et beaucoup, beaucoup d'imagination.

Frank'n'stein est une pièce où les détails caricaturaux sont d'une grande importance. Ce genre de détails un peu lourds qui nous étoufferaient en temps normal, c'est-à-dire au cinéma, sur scène sont tout simplement bien placés et en ce qui concerne cette pièce, bien exploités. 

 

Frank'n'stein de Ken Campbell, mise en scène : Francisco Gil avec Lucas Bleger et Daniel Plier, sera encore jouée jusqu'au 31 mars 2001, tous les jours sauf dimanche et lundi. Renseignements et réservations au TOL, 143, route de Thionville, Luxembourg. Téléphone : 49 31 66.

 

Karolina Markiewicz
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