d’Land : Madame Backes, votre prédécesseur François Bausch (Les Verts) a avancé il y a une semaine l’hypothèse selon laquelle l’orientation politique en faveur de l’extension du réseau de tramway reviendrait à réduire les dépenses d’infrastructure dans le budget pluriannuel de l’État. Est-ce exact ?
Yuriko Backes : Pas du tout. C’est de la politique d’opposition. La poursuite du développement du réseau de tramway figure dans le programme de coalition du gouvernement. Il y est également indiqué que nous reprenons le concept de mobilité PNM 2035 et que nous continuons à travailler dans ce sens. Le tram reste une priorité. C’est une réussite et son développement va se poursuivre. Penser qu’il y aurait des coupes budgétaires ou des réductions d’une quelconque autre nature ne correspond pas à la réalité.
Si l’on créait, depuis le Kirchberg, un deuxième accès au centre-ville via la Neipuertsgaass et le Boulevard Royal, cela améliorerait la qualité du réseau. Ne serait-ce pas là une condition préalable à la mise en place de nouvelles lignes et de lignes plus longues ?
Ces questions sont abordées au sein du comité politique, auquel participent le ministère de la Mobilité, la ville de Luxembourg et Luxtram. Ce que François Bausch ignore probablement, c’est que lors de la dernière réunion du comité, Luxtram nous a présenté les différentes solutions sur lesquelles elle travaille, avec les différentes extensions prévues. Luxtram a expliqué que le tronçon de la Neipuertsgaass n’était pas absolument indispensable d’ici 2035, à condition d’échelonner correctement les travaux d’extension. Nous avons alors répondu : ce qui est vraiment nécessaire, c’est désormais la ligne nord-sud reliant la Stäreplaz à la Cloche d’Or via la rue Escher, ainsi que la ligne passant par la route d’Arlon jusqu’au CHL. Le programme de coalition précise également que des travaux sont en cours pour la mise en place d’un tram rapide vers Esch.
Je pensais que la ville accordait la priorité à l’axe nord-sud, et non plus à la rue d’Arlon.
La presse a rapporté que Lydie Polfer aurait tenu ces propos, mais ce n’est pas tout à fait exact. Je compte déposer cette année encore au Parlement le projet de loi de financement concernant le tronçon longeant la route d’Arlon. Nous devons toutefois rester réalistes. Sur ces deux kilomètres à peine, nous ne progresserons que petit à petit, car il faut respecter les procédures, parce que la question de l’acquisition des terrains se posera en temps voulu et parce qu’il faut tenir compte des PAP le long du tracé. Et cela ne va jamais aussi vite que nous le souhaiterions souvent.
Mais le tracé longeant l’Arloner Straße ne dépend-il pas de la construction du tronçon Neipuertsgaass / Boulevard Royal ? Car il serait techniquement difficile, voire impossible, depuis le tracé existant venant du Kirchberg, de bifurquer vers l’Arloner Straße au niveau de la Stäreplaz ?
Si nous disposons d’un calendrier réaliste indiquant quand le tronçon longeant la route d’Arlon pourra être mis en service, nous devrons trouver une solution géométrique permettant d’intégrer au mieux la ligne de tramway partant de la route d’Arlon dans le réseau existant. À ce jour, nous ne disposons pas encore de plans satisfaisants indiquant comment cela pourrait se faire. Mais nous y travaillons.
François Bausch affirme qu’il existe des plans définitifs pour la Neipuertsgaass. Il a été ministre pendant dix ans et connaît les études réalisées par Luxtram.
Oui, mais ce qu’il ignore probablement, c’est ce que Luxtram nous a récemment présenté. Il partait du principe que le tronçon de la Neipuertsgaass devait être construit en priorité pour pouvoir réaliser l’extension le long de l’Arloner Straße. Ce n’est désormais plus le cas. Tout comme moi, la ville de Luxembourg considère comme prioritaires le tronçon le long de l’Arloner Straße et l’axe nord-sud le long de l’Escher Straße. Il faudra toutefois encore attendre quelques années avant la mise en service des deux kilomètres de ligne de tramway sur la Route d’Arlon, pour les raisons que je viens d’évoquer.
Je pense que Lydie Polfer ne souhaite surtout pas restreindre trop fortement la circulation automobile en ville. Ni en général, ni le long de la Neipuertsgaass en particulier.
Elle a d’ailleurs raison, car il ne reste plus beaucoup d’accès à la ville en voiture. La Neipuertsgaass est l’un des rares accès par lesquels on peut encore entrer en voiture. François Bausch et Lydie Polfer avaient des points de vue divergents à ce sujet. Je suis désormais ministre.
Et vous comprenez mieux la voiture et votre collègue de parti.
Non, j’examine tout très attentivement et je souhaite qu’on m’explique précisément quelles sont les coupes prévues et ce qu’elles impliquent. Je veux avoir encore plus de détails sur le tracé qui suscite tant d’émotion. Par exemple, on dit que les trottoirs de la Neipuertsgaass ne doivent pas être trop étroits. Des bus doivent pouvoir y circuler. La rue n’est pas très large. Il y a donc des contraintes.
À partir de 2028, une deuxième ligne de tramway devrait voir le jour au Kirchberg. Dans un premier temps, elle partira du nouveau quartier résidentiel de Laangfur, longera le boulevard Adenauer en direction du centre-ville et rejoindra la ligne existante avant l’arrêt Roud Bréck/Pafendall. Cela entraînera inévitablement une augmentation du trafic à cet endroit. Quelle sera alors la dégradation de la fréquence si le tronçon de la Neipuertsgaass ne permet pas de désengorger le réseau ?
Il n’y aura pas de dégradation de la fréquence des passages dans le centre-ville, cela n’est absolument pas prévu. Dans ce cas, la Neipuertsgaass ne permettrait pas de désengorger le réseau. Je ne peux bien sûr que me fier à ce que Luxtram m’a dit. Au cours des cinq derniers mois, je me suis familiarisé de manière approfondie avec l’ensemble des enjeux, y compris ceux liés au tramway. Il n’est pas question de réduire la fréquence des tramways dans le centre-ville. Au contraire, nous mettons tout en œuvre pour l’améliorer.
Si, à partir de 2028, le tram circule sur deux lignes reliant le Kirchberg à Hamilius et qu’une seule voie est disponible pendant la Schueberfouer, cela poserait forcément un problème, n’est-ce pas ?
Nous allons voir ce que nous pouvons faire. Les discussions avec la ville de Luxembourg à ce sujet se déroulent plutôt bien.