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Sociétal 10 min de lecture

Le vélo et la culture, c’est beau et c’est bien

Alors que les infrastructures de transport de la Nordstad sont en cours de modernisation, la mobilité dans les zones rurales connaît des aléas

Article paru dans Édition juin 2022
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Le ministre vert des Transports, François Bausch, a pris la parole avec l’aisance d’un orateur bien préparé. Lorsqu’il a présenté mardi, au CAPE d’Ettelbruck, son plan national de mobilité pour 2035, c’était déjà la quatrième fois qu’il le faisait. La gestion des zones rurales lui a donné du fil à retordre : une région peu peuplée, aux besoins variés et dont les localités sont très éloignées les unes des autres. 24 % de tous les déplacements ne sortent pas des zones rurales, comme le montre une étude sur les transports réalisée en 2017. Une majorité des habitants des zones rurales se rend toutefois dans les agglomérations, que ce soit pour le travail ou pour des activités de loisirs. À l’avenir, le trafic devrait s’organiser de manière multimodale grâce à des axes principaux de bus et de train, reliés à des navettes ou à des parkings relais, ainsi qu’à des pistes cyclables rurales.

Dans le cadre du Plan national de mobilité 2035 (PNM), l’utilisation des voitures, des bus, des trains et des vélos, ainsi que les habitudes des piétons, ont été analysées. À partir des chiffres fournis par le Statec, des consultants en infrastructures et en transports ont simulé un futur réseau de transport visant à augmenter la mobilité de 40 %. On estime que, au cours de la prochaine décennie, le nombre de déplacements quotidiens passera de deux millions à 2,8 millions. Toutefois, pour éviter les embouteillages permanents, l’augmentation du nombre de trajets en voiture ne devrait pas dépasser 6 %. C’est surtout le vélo qui pourrait s’imposer comme un moyen de transport individuel à part entière, car, comme l’a expliqué François Bausch mardi, environ la moitié de tous les déplacements sont inférieurs à cinq kilomètres : « C’est parfait pour le vélo », s’est réjoui le ministre vert.

Dans l’agglomération de la Nordstad, le trafic devrait augmenter d’un tiers d’ici 2035, a indiqué le ministre des Transports. C’est pourquoi le plan de mobilité prévoit d’élargir à quatre voies la rocade entre Ettelbrück et Diekirch, le trafic de bus en provenance des zones rurales sera relié aux gares de la Nordstad via des voies réservées, dont le nombre doublera avec la création de nouvelles gares à Erpeldange et à Ingeldorf. À Ettelbruck, des trains partiront toutes les dix minutes en direction de la capitale. Les pistes cyclables seront également développées : « Depuis Gilsdref, il faut compter dix minutes à vélo pour rejoindre une gare », a calculé M. Bausch. Mais pour que cela fonctionne, les communes devront « mettre la main à la pâte ».

Afin de débattre des défis liés aux infrastructures de transport dans les zones rurales, le député du CSV Ali Kaes avait convoqué mi-mai une séance d’actualité à la Chambre. « Trop peu de bus, des temps de correspondance trop serrés, trop peu de liaisons transversales », a constaté le politicien du CSV originaire du nord du pays. « Avec leurs lunettes de citadins, ils ne voient pas la réalité telle qu’elle est », et les citadins ne comprennent donc pas pourquoi les habitants de l’Ösling dépendent de la voiture. Au lieu de discuter de solutions globales, M. Kaes a mis l’accent sur les places de stationnement : « Pourquoi n’a-t-on pas prévu suffisamment de places de stationnement près du Lycée agricole ? », a-t-il demandé. Et les parkings relais ne pourraient être qu’une solution temporaire, « car sinon, le paysage serait envahi de voitures », s’est plaint Kaes. Comme solution, il a proposé le bus à la demande, qui vient chercher les passagers sur réservation.

Lors du débat qui s’est tenu mi-mai, Marc Goergen, du Parti pirate, s’est également prononcé en faveur d’un système de bus à la demande : un bus électrique à la demande pourrait relier les zones rurales aux axes principaux. Mais le ministre des Transports sait, d’après des études, que le bus à la demande « n’est pas une solution miracle ». Il doit être réservé au moins un jour à l’avance ; il implique une charge administrative importante ; ceux qui l’utilisent le bloquent pour les autres ; et comme l’a fait remarquer Bausch : « Le bus à la demande coûte une fortune ». Une autre proposition du député Goergen va en revanche bientôt être mise en œuvre. Le membre du Parti pirate a ainsi affirmé qu’une connexion Wi-Fi gratuite améliorerait le confort dans les transports publics. « Le Wi-Fi est en cours d’installation », a rétorqué Bausch. Et aux nœuds de transport, il est prévu que l’on puisse « boire un café dans un cadre agréable ». De plus, de nouveaux trains remplaceront bientôt les anciens modèles et amélioreront le confort des trajets en train, a rétorqué M. Bausch mardi à une femme qui estimait que « certains trains sont tout simplement insupportables ».

Avec ces mesures, le ministre des Transports Bausch semble vouloir inaugurer une nouvelle culture de la mobilité : l’image des transports publics a pris un coup en dehors de la ville de Luxembourg. Désormais, la classe moyenne pourrait s’y intéresser grâce à ses appareils technologiques, c’est-à-dire ses postes de travail mobiles, ses journaux numérisés et ses systèmes d’infodivertissement, et considérer la conduite automobile comme dépassée et peu flexible. Le fait que les transports publics soient actuellement associés, dans les zones rurales, aux personnes pauvres et marginalisées a été mis en évidence dans l’intervention à la Chambre de Jeff Engelen, député de l’ADR originaire de Winkringen. Il a posé la question suivante : « À qui s’adresse l’offre de transports publics ? ». Et de répondre lui-même : « Aux personnes qui n’ont pas d’autre choix, comme les jeunes ou les personnes âgées, et, depuis peu, de manière encore plus pressante : aux personnes qui n’ont pas les moyens de s’offrir une voiture. » Selon des sources proches du gouvernement, c’est la raison pour laquelle les conseils municipaux n’auraient, pendant des années, investi que de manière négligente dans les infrastructures de transport par bus et n’auraient guère informé le public sur les liaisons de bus – il s’agirait là d’un électorat qui n’intéresse pas particulièrement les responsables politiques.

Il en va autrement dans la commune de Bauschleiden : début 2020, le maire du LSAP, Jeff Gangler, a lancé une pétition afin de demander une meilleure desserte par la ligne de bus en direction de Luxembourg-Ville. 800 habitants ont signé ; il est important pour eux de pouvoir se rendre dans la capitale sans passer par Wiltz ou Ettelbrück. « Actuellement, certains habitants de la partie ouest de la région du lac de barrage se rendent au Park & Ride de Schwebach, situé à vingt minutes en voiture, où un bus passe toutefois quatre fois par heure », explique le maire au Land. La commune de Rambruch a quant à elle investi dans une gare routière, mais le bus n’en part qu’une fois par heure. Carlo Weber, député LSAP du Nord, a adressé le même appel au ministère des Transports lors du débat lancé par Ali Kaes : dans le nord-ouest, il faudrait davantage de structures de type « Park & Ride », a-t-il déclaré, pensant notamment au Poteau de Harel et à Redange.

Une navette « Stau-Navette » circule également autour du lac de barrage et relie la région à la gare d’Ettelbrück, mais selon le maire Jeff Gangler, les horaires et la fréquence des départs devraient être revus, car il arrive trop souvent que les voyageurs ratent leur correspondance. « Il serait d’ailleurs préférable que la navette du lac soit reliée aux lignes express de la RGTR à l’ouest », analyse M. Gangler. De son côté, le ministre des Transports a annoncé mardi la création d’une piste cyclable qui serpentera le long d’Ettelbrück et des villages endormis bordant le lac de barrage. Selon des informations en provenance de Bauschleiden, cette piste cyclable serait déjà partiellement praticable dès l’été prochain.

Bien que le réseau de transports en commun dans la région du lac de barrage soit peu dense, les communes tentent d’éviter d’être à nouveau submergées par des flots de voitures cet été. Les communes riveraines ont annoncé la semaine dernière sur les réseaux sociaux que le tarif de stationnement avait été porté à trois euros de l’heure. RTL a relayé cette information, ainsi que l’appel invitant les visiteurs à se rendre au bord du lac en transports en commun. Et le député Carlo Weber a présenté en mai au Parlement la proposition de mettre en place, pendant l’été, une ligne de bus reliant la capitale aux stations touristiques du lac de barrage. En janvier 2022, il a pris la succession à la Chambre en tant que député du Nord ; il se rend désormais plus souvent à Luxembourg-Ville, constate à cette occasion le chaos routier qui règne dans le centre-ville et se demande si le ministre des Transports du CSV, Claude Wiseler, n’aurait pas dû élaborer un plan de circulation prévoyant il y a plus de 15 ans.

En effet, la feuille de route pour 2035 présentée par le ministre François Bausch, avec ses 200 pages, constitue à ce jour le document de référence le plus complet pour aborder les problèmes de transport de manière pratique et multimodale. « Un jour, le Luxembourg devrait ressembler à la Suisse, où les pistes cyclables, les voies piétonnes, les gares, les lignes de bus et les routes sont coordonnées entre elles », a déclaré le ministre des Transports vers la fin de son intervention à Ettelbruck.

Lors de la séance de questions-réponses de mardi, on est finalement revenu à l’opposition entre le stratégique et le quotidien : « Le vélo et l’élevage, c’est bien beau », mais pourquoi la Nordstraße n’est-elle pas élargie à quatre voies ?, a demandé un agriculteur. « Quand la sécurité routière sera-t-elle renforcée entre Echternach et Diekirch ? », a demandé une femme au visage émacié ; une de ses collègues de travail y avait trouvé la mort dans un accident. « Le projet concernant la N17 est génial… », a lancé un jeune homme, suivi d’un autre, un peu moins jeune : « Au tunnel de Gousseldénger, ils roulent à toute vitesse, pourquoi n’y a-t-il pas de radars là-bas ? ». Et soudain, la discussion s’est déplacée de la Nordstraße vers le funiculaire du Pfaffenthal. Le sentier piétonnier n’y est pas correctement balisé et les horaires de départ du funiculaire devraient être renforcés, déplora une femme. Un homme aux cheveux gris demanda pourquoi les établissements de restauration étaient fermés autour du funiculaire, surtout le week-end. Mais le gouvernement n’est pas compétent sur tous les points ; parfois, c’est le secteur de la restauration privatisé aux stations qui est concerné, mais le plus souvent, ce sont les communes. Par exemple, concernant la question qui a également été posée : pourquoi une interdiction de circulation pour les vélos a-t-elle été instaurée sur le chemin de terre entre Ettelbrück et Fehlen ?