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Garantir un électricité à bas prix

Les Verts soulèvent la question du rôle de l'État et du marché dans l'approvisionnement énergétique. En réalité, ils connaissent la réponse.

Article paru dans Édition février 2025
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« Nous ne menons pas ce genre de politique d’opposition », déclare Sam Tanson. Pas comme le CSV, qui, lors de la législature précédente, s’en est systématiquement pris à Déi Gréng en raison des prix élevés de l’énergie. Mais Joëlle Welfring, l’ancienne ministre de l’Environnement, exige alors : « Le gouvernement devrait s’engager en faveur d’une électricité bon marché ! » Car pour les petits consommateurs, le prix final sera en moyenne 30 % plus élevé que l’année dernière. En effet, le plafonnement des prix de l’électricité n’est plus appliqué qu’à hauteur de la moitié. À cela s’ajoute la nouvelle structure tarifaire du réseau. En vigueur depuis le début de l’année, celle-ci ne concerne pas seulement la quantité d’électricité prélevée sur le réseau, mais aussi la puissance prélevée au fil du temps. La hausse de prix de 30 % avait été décrite par le Statec en décembre dans sa dernière note conjoncturelle, précise Joëlle Welfring. Avec Sam Tanson et le président du parti François Benoy, elle tient une conférence de presse sur le thème « La politique énergétique dans l’impasse ? ». Le prix de l’électricité n’y est pas le seul sujet, mais c’est le plus important.

Pour les Verts, la revendication d’une « électricité bon marché » revêt une dimension pour ainsi dire historique. Jusqu’à présent, leur position était que la « vérité des prix » constituait le fondement des changements de comportement nécessaires. C’est ainsi qu’ils ont imposé la taxe sur le CO₂ au sein du dernier gouvernement, aux côtés du DP et du LSAP. Dans leur programme pour les élections à la Chambre de 2023, les Verts affirmaient encore : « Une chose est claire : consommer de l’électricité pour faire fonctionner le congélateur ou cuisiner en famille, se chauffer en hiver et utiliser les moyens de transport modernes ne doit pas être compromis par la crainte de la facture. » Ils n’ont toutefois pas promis une électricité bon marché pour tous, mais « de soutenir encore davantage les groupes à faibles revenus de manière ciblée et de mettre en place des incitations attractives, afin que chacun puisse apporter sa juste contribution à la transition énergétique ».

Les Verts ont-ils désormais changé d’attitude parce que l’étiquette peu flatteuse de « parti de l’interdiction » leur a coûté des voix ? On constate depuis un certain temps déjà qu’ils souhaitent faire preuve de sensibilité sociale dans l’opposition. Par exemple, en plaidant en faveur d’un salaire minimum plus élevé. Le moment choisi pour la conférence de presse sur l’énergie semble stratégiquement judicieux : dans environ une semaine, les fournisseurs d’électricité enverront à leurs clients les factures du mois de janvier. C’est alors que les nouveaux tarifs seront visibles.

Mais ce qui dérange surtout Déi Gréng, c’est que les tarifs de réseau et le plafonnement des prix, désormais réduit de moitié, pourraient dissuader davantage de personnes de s’intéresser aux pompes à chaleur. Dans sa note conjoncturelle de décembre, le Statec a calculé qu’en 2025, les coûts d’exploitation d’une pompe à chaleur seraient « comparables » à ceux des systèmes de chauffage fossiles. En 2026, lorsqu’il n’y aura plus aucun plafond tarifaire sur l’électricité, les systèmes de chauffage au gaz et au fioul deviendraient plus rentables que les pompes à chaleur. En particulier les systèmes au fioul, qui ont une empreinte carbone importante. Les Verts réclament donc une « tarification intelligente du réseau, qui récompense les comportements respectueux du climat et bénéfiques pour le réseau ». Des réductions ou des primes seraient ainsi accordées aux personnes disposant d’une pompe à chaleur et d’une voiture électrique. Et un fonds spécial dans le budget de l’État : celui-ci permettrait d’amortir sur plusieurs décennies les coûts d’investissement dans les réseaux électriques, qui s’élèveraient à plusieurs centaines de millions par an jusqu’en 2035.

Les positions des Verts comportent une part de populisme, l’opposition oblige. Mais elles soulèvent avant tout la question fondamentale du rôle de l’État et du marché dans l’approvisionnement énergétique. Au sein de l’UE, cela fait 30 ans que l’approvisionnement en électricité et en gaz est libéralisé du côté de l’offre. Tout comme, par exemple, les chemins de fer et les télécommunications. Les réseaux, en revanche, sont réglementés. Les nouveaux tarifs du réseau électrique transposent un règlement européen de 2019 qui vise à garantir une utilisation « plus efficace » du réseau grâce au « principe du pollueur-payeur ». Si cela s’est transformé en un problème politique pour Lex Delles, ministre de l’Énergie du DP, c’est avant tout en raison de la communication maladroite de l’autorité de régulation luxembourgeoise ILR, qui a élaboré la nouvelle structure tarifaire, conformément à sa mission. Cela avait déjà commencé sous le mandat du prédécesseur écologiste de Delles, Claude Turmes. Il s’agit en effet d’une législation européenne.

Ce que Delles n’a pas encore clairement précisé : comme les nouveaux tarifs de réseau entraînent une hausse des prix finaux, cela crée implicitement une pression en faveur d’une concurrence accrue sur les prix de l’électricité elle-même. Donc, en faveur d’un marché plus ouvert. Pour les petits consommateurs d’électricité, à moins qu’ils ne s’approvisionnent eux-mêmes grâce à une installation photovoltaïque, il n’existe, outre le géant Enovos et sa filiale Leo, que deux autres fournisseurs d’électricité. Les produits de tous ces fournisseurs ne diffèrent que très peu en termes de prix au kilowattheure. C’est notamment pour cette raison que peu de gens changent de fournisseur.

Le pari tacite, c’est que cela va changer. Que davantage de consommateurs se mettront en quête d’un fournisseur proposant de meilleurs tarifs d’électricité. Et que les fournisseurs développeront de nouveaux modèles tarifaires. Le gouvernement CSV-DP est aux prises avec les attentes suscitées lorsque la Tripartite a décidé, en 2022, de plafonner les prix de l’électricité et du gaz, puis de prolonger ces mesures en 2023. Cette décision n’a pas été prise en premier lieu pour faire plaisir à la population. Le gouvernement DP-LSAP-Verts a puisé dans les caisses de l’État pour empêcher les tranches d’indexation
et ménager les entreprises. L’allègement de la charge des petits consommateurs d’énergie était un effet secondaire. Mais cela a nourri l’idée selon laquelle il incombe à l’État d’influencer les prix de l’énergie. Ne le fait-il pas d’une certaine manière déjà, en maintenant artificiellement à un niveau bas la taxation du diesel et de l’essence ?

Le fait que Carole Hartmann, députée du DP et présidente de la commission parlementaire de l’économie, ait déclaré en octobre, lors d’une brève discussion en séance plénière sur les nouveaux tarifs de réseau, que le calculateur en ligne Calculix disponible sur le site de l’ILR était « très important », n’était pas sans signification. Elle n’en a pas dit plus, mais Calculix permet de comparer les prix en détail. Il permet également de changer de fournisseur d’électricité en quelques secondes.

Si cela arrive rarement jusqu’à présent, c’est aussi parce que le prix final de l’électricité n’était en moyenne pas vraiment élevé. L’électricité est encore moins taxée que le diesel et l’essence. Outre la TVA au taux réduit de 8 %, la consommation d’électricité n’est soumise qu’à une petite taxe de 0,1 centime par kilowattheure, qui alimente la caisse d’assurance dépendance. C’est le cas depuis 1999. Ainsi, selon Eurostat, au premier semestre de l’année dernière, 100 kilowattheures, exprimés en parités de pouvoir d’achat, n’étaient moins chers qu’au Luxembourg (15,34 euros) qu’à Malte (14 euros). En France, la moyenne ainsi calculée s’élevait à 25,83 euros, en Belgique à 29,89 euros et en Allemagne à 35,13 euros.

Reste à voir si cette situation évoluera de manière significative. Les prix resteront probablement suffisamment bas pour justifier, sur le plan politique, des aides ciblées plutôt que des subventions pour tous ou des réductions des coûts de réseau pour certains. Le journal *Statec* a également écrit en décembre qu’« à long terme », une pompe à chaleur serait bel et bien plus rentable qu’un chauffage au fioul. Et il prévoit surtout une hausse des coûts pour les propriétaires de voitures électriques : 600 euros de plus par an pour un foyer de quatre personnes possédant un véhicule électrique. Mais ces coûts peuvent être réduits si la voiture est rechargée pendant des heures à faible puissance, plutôt qu’à pleine puissance aussi vite que possible. L’évolution la plus intéressante serait que l’on souscrive prochainement à grande échelle à l’électricité la moins chère. Cette électricité n’est que partiellement verte. Elle provient également du lignite, très émetteur de CO₂, et des centrales nucléaires. Des sources dont une pompe à chaleur ou une voiture électrique ne devrait en réalité pas s’alimenter, si l’on souhaite garder la conscience écologique tranquille. Un nouveau problème politique pourrait alors se poser et la question du rôle de l’État et du marché dans l’approvisionnement énergétique pourrait revenir sur le tapis.