Politique européenne et internationale 4 min de lecture

Arrière-cour

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition 9 janvier 2026
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Chaque jour, sur la place financière, des milliers d’employés brassent les milliards d’autrui, à la recherche désespérée d’investissements prometteurs. Partout, le pouvoir d’achat de masse nécessaire à l’achat de biens de consommation utiles fait défaut. Les investissements se portent sur l’intelligence artificielle, les armes et les bitcoins.

La « mondialisation » était un terme à la mode servant à masquer l’impérialisme : la concurrence mondiale pour les possibilités d’investissement d’un capital suraccumulé. Un jeu à somme nulle entre les grands groupes pour le contrôle des matières premières, des marchés et de la main-d’œuvre. Allant jusqu’aux guerres régionales, voire à deux guerres mondiales.

Samedi, l’armée américaine a envahi la République du Venezuela. Elle a enlevé le chef de l’État Nicolás Maduro et son épouse Cilia Adela Flores. Maduro est le successeur d’Hugo Chávez. Ce dernier avait financé des mesures sociales en faveur de la classe ouvrière grâce aux recettes pétrolières de l’État, nationalisé des industries clés et procédé à une redistribution des terres. L’enlèvement de Maduro vient parachever le « changement de régime » amorcé par la chute des cours du pétrole et l’embargo américain.

« C’est ainsi que nous allons diriger le pays », a déclaré le président américain Donald Trump lors d’une conférence de presse. « Nous allons récupérer le pétrole que, franchement, nous aurions dû récupérer il y a bien longtemps. »

Le Premier ministre Luc Frieden et le ministre des Affaires étrangères Xaver Bettel ont attendu dimanche. Jusqu’à ce que le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères Kaja Kallas prennent leurs distances – par rapport aux personnes enlevées. Lundi, ils se sont ralliés à cette position : « [L]e Luxembourg n’a pas reconnu de légitimité démocratique au président Maduro. »

En novembre 2024, 58 des 60 députés ont demandé que Edmundo González Urrutia, le représentant de la bourgeoisie et des classes moyennes, soit reconnu comme président du Venezuela.

Sous la pression des députés, le ministre des Affaires étrangères Bettel a ajouté lundi : « C’est le droit international, qui n’est pourtant pas respecté. En tant que tout petit pays, nous devons savoir que le droit international est, au fond, notre meilleure garantie face aux autres. » Mais surtout pas face à nos amis.

La solidarité envers le Venezuela reste théorique. En mars 2025, le ministre de l’Intérieur Léon Gloden a présenté les chiffres suivants au Parlement : 237 Vénézuéliens ont demandé l’asile au Luxembourg en 2023 et 2024. 125 demandes ont été rejetées. 112 demandes étaient « en cours d’analyse ». Asile accordé : zéro.

L’agression contre le Venezuela n’est pas un fait nouveau. Depuis deux siècles, les États-Unis considèrent l’Amérique latine comme leur arrière-cour. Après avoir envahi la République dominicaine en 1965, la Grenade en 1983, en 1989 à Panama, ont armé pendant une décennie des terroristes au Nicaragua, ont soutenu des coups d’État militaires en 1964 au Brésil, en 1971 en Bolivie et en 1973 au Chili. Sous les applaudissements du Luxemburger Wort et de RTL. La Stratégie de sécurité nationale publiée en novembre annonce : « [L]es États-Unis réaffirmeront et appliqueront la doctrine Monroe afin de rétablir la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental » (p. 15).

Actuellement, la Russie est en guerre : elle refuse de renoncer à son « arrière-cour », l’Ukraine. Pendant la Guerre froide, les États-Unis considéraient l’Europe occidentale comme leur « arrière-cour ». Or, la Stratégie de sécurité nationale met désormais en garde contre le fait que l’Europe ne serait pas assez raciste : elle serait menacée d’un « effacement civilisationnel ». C’est pourquoi l’une des priorités des États-Unis serait de « cultiver la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe au sein même des nations européennes » (p. 27).

Le gouvernement américain vient de manipuler les élections en Argentine et au Honduras. En Europe, il soutient des complices, des partis d’extrême droite et néofascistes. En mars 2025, le député de l’ADR Fernand Kartheiser a fait l’éloge prématuré du président Donald Trump, lui exprimant sa « gratitude sincère » pour son « engagement indéfectible en faveur de la paix ».

Avec 419 milliards de dollars d’obligations américaines, le Luxembourg est considéré comme le sixième plus grand créancier des États-Unis au monde (www.treasury.gov). C’est ainsi que l’armée américaine défend également les revenus d’intérêts générés par la place financière. Les classes possédantes et le gouvernement assurent la place de ce petit État au sein de l’impérialisme. Par des dépenses militaires, des déclarations d’allégeance, le silence.