« C’est vraiment magnifique ! », s’exclame au micro Djuna Bernard, la coprésidente du parti, toujours de bonne humeur, alors qu’elle ouvrait samedi dernier le congrès des Verts. Près de 200 délégués sont assis dans la salle du centre culturel de Leudelingen. L’ancienne ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg, est venue, rayonnante, car elle a été officiellement innocentée il y a cinq mois des soupçons selon lesquels elle aurait aidé Roberto Traversini, un rénovateur de tonnelles, à obtenir des avantages. « Je reviens un peu », répond-elle lorsqu’on l’interroge sur ses ambitions politiques. Trois heures plus tard, elle est élue au comité exécutif du parti.
Le congrès doit élire de nouveaux membres pour tous les organes dirigeants. En réalité, cela aurait dû avoir lieu l’année dernière afin de respecter le cycle biennal. Mais pour éviter de renouveler tous les organes au cours d’une même année électorale, de la présidence au « Genderrot », un congrès extraordinaire a prolongé les mandats d’un an. On sait depuis des mois déjà que Stéphanie Empain et François Benoy, députés jusqu’en 2023, sont appelés à succéder au duo présidentiel composé de Djuna Bernard et Meris Sehovic. Il n’y a pas de candidats adverses. L’élection la plus intéressante sera peut-être celle du comité exécutif, composé de quinze membres.
Mais avant tout, ce congrès doit envoyer un signal quant à la suite à donner après le « processus de réflexion » interne du parti. Après avoir tiré les leçons de la défaite aux élections législatives d’il y a un an, lors desquelles Déi Gréng ont perdu leur statut de groupe parlementaire, et après avoir répondu à la question de savoir si les Verts ont besoin d’une réorientation stratégique, et si oui, laquelle. Raphaël Gindt, échevin à Leudelingen jusqu’aux élections communales de 2023, demande à l’assemblée s’il y aura « peut-être aujourd’hui une réorientation ». Et il estime que le congrès « correspond bien à Leudelingen ». La commune ne serait « plus aujourd’hui un village situé derrière la station-service, mais un village de banlieue, avec un centre-village aux couleurs vives et un immense centre culturel. Un paysage villageois historique agrémenté d’éléments modernes ». On ne comprend pas très bien ce qu’il veut dire exactement par là. Si ce n’est peut-être que le processus de réflexion interne s’est déroulé de manière contradictoire.
À l’instar des entreprises et des organisations, Déi Gréng a mené une réflexion sur sa « raison d’être » et les « valeurs » qui y sont associées. Ce que cela signifie d’un point de vue « stratégique » et comment le parti entend atteindre les objectifs qu’il associe à cette stratégie. D’après ce que le journal a pu apprendre sur ce processus – resté interne –, il apparaît que la base des Verts ne remet pas en cause l’identité du parti. Il n’est pas nécessaire d’élaborer un nouveau programme politique. La question est plutôt de savoir comment faire connaître les thèmes écologistes au grand public et qui s’en chargera.
La base n’a apparemment pas apprécié que Déi Gréng, alors au gouvernement en 2020, ait donné son accord à l’accord de libre-échange CETA entre l’UE et le Canada, alors qu’il s’y était opposé lorsqu’il était dans l’opposition. Et qu’ils aient soutenu la politique du gouvernement face à la Covid sans mettre davantage en avant, à l’extérieur, la « dimension libérale ». Le fait que François Bausch ait critiqué la ministre de la Santé du LSAP, Paulette Lenert, lors du congrès du parti en mars 2021 visait plutôt à rassurer les détracteurs de la politique sanitaire au sein de la base des Verts.
Depuis leur arrivée dans l’opposition parlementaire, les déclarations des députés verts se situent davantage à gauche. C’est particulièrement le cas de Sam Tanson, présidente de la sensibilité politique que représentent désormais les Verts à la Chambre. Lorsqu’elle parle d’écologie et déclare dans la foulée que le salaire minimum doit augmenter, cela ne passe pas inaperçu. Au sein de la coalition avec le DP et le LSAP, Déi Gréng n’ont pas réussi à faire savoir qu’ils prenaient en compte les questions sociales et qu’ils s’étaient engagés, lors de l’introduction de la taxe sur le CO₂, à redistribuer la moitié des recettes directement aux ménages à faibles revenus. C’est là aussi une critique qui a été formulée en interne.
Ce qui nous amène à l’une des conclusions de cette réflexion : en 2023, les thèmes traditionnellement chers aux Verts n’auraient pas figuré en tête de liste des priorités des électeurs et électrices. Les préoccupations matérielles primaient. Or, on ne croyait pas que les Verts aient des solutions à apporter à ces problèmes. Le fait que la campagne électorale pour les élections à la Chambre se soit concentrée sur « Eise Bilan » et sur les cinq membres du gouvernement n’a pas aidé. Au lieu d’afficher même à Wiltz des affiches représentant François Bausch et le tramway national, il aurait mieux valu mettre en avant les candidat·e·s locaux·ales, ou plus précisément la liste « Nord ».
Dans son discours politique prononcé lors du congrès, Sam Tanson expose les grandes lignes du programme des Verts : « Nous nous engageons pour la justice. Pour la protection des plus vulnérables. Pour les droits de ceux qui en ont été injustement privés. Pour une économie dans laquelle la protection de la nature, la lutte contre le changement climatique et l’esprit d’entreprise ne sont pas en contradiction, mais constituent au contraire une opportunité. Mais avant tout, nous avons besoin d’une planète sur laquelle les êtres humains pourront encore vivre demain. » Ce n’est pas tout à fait nouveau. Lorsque Tanson fait projeter sur l’écran derrière elle le « ministre disparu » de Dias, reprochant ainsi au ministre des Affaires étrangères du DP, Xavier Bettel, le ministre du Travail du CSV Georges Mischo et la ministre de l’Environnement du CSV Serge Wilmes d’avoir échoué dans leurs fonctions, la salle s’amuse beaucoup.
L’élection de la nouvelle présidence du parti s’est déroulée sans incident. François Benoy a recueilli un peu plus de voix que Stéphanie Empain, mais avec seulement sept voix d’écart, cela ne signifie pas grand-chose. Il est plus intéressant de noter que Tom Köller n’a pas été élu au comité exécutif ; il était jusqu’en juillet chef de la direction de la défense au ministère des Affaires étrangères et occupe aujourd’hui un poste au sein du service diplomatique de la Représentation permanente du Luxembourg auprès de l’OTAN. Est-ce le signe qu’une partie importante des Verts ne partage pas la politique menée par François Bausch en tant que ministre de la Défense ? C’est possible. La base des Verts compte encore de nombreux pacifistes de la vieille école. Mais peut-être que Tom Köller est tout simplement peu connu de la base.
La géopolitique, les guerres en Ukraine et au Proche-Orient ne jouent aucun rôle au congrès des Verts ni dans les réflexions sur la justice. On ne les retrouve que dans la critique de Sam Tanson à l’égard du ministre des Affaires étrangères, mais pas dans la réflexion sur les valeurs vertes. La nouvelle présidente du parti, Stéphanie Empain, commente : « Nous nous sommes concentrés sur l’essentiel. Sinon, nous aurions pu, par exemple, parler également de politique scolaire. »