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Environnement 9 min de lecture

Avec l’aide de Xavier Bettel

Avec ce nouveau plan pour l'énergie et le climat, le gouvernement fait preuve d'unité. En cette année électorale, c'est particulièrement important pour les Verts

Article paru dans Édition avril 2023
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Lundi, lors de la présentation du Pnec : la ministre de l'Environnement, le Premier ministre et le ministre de l'Économie © Olivier Halmes

C’est le ministre de l’Énergie Claude Turmes et la ministre de l’Environnement de l’époque, Carole Dieschbourg, qui ont présenté publiquement, en décembre 2019, une première « feuille de route » du gouvernement pour un plan énergie-climat. Et pourquoi pas ? Ces deux membres des Verts étaient en effet les principaux artisans de ce plan, abrégé en « Pnec », qui a été finalisé en mai 2020. Lundi, en revanche, le ministre de l’Économie du LSAP, Franz Fayot, s’est également présenté devant la presse, aux côtés notamment du Premier ministre en personne. Cette fois-ci, il n’y avait toutefois qu’un projet de mise à jour du Pnec à présenter.

Mais alors que le gouvernement était en place depuis un an fin 2019, de nouvelles élections auront lieu dans un peu moins de six mois. Les grands projets nécessitent donc un effort supplémentaire en matière de communication politique. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un sujet qui, d’une part, revêt une importance électorale et, d’autre part, est plutôt étranger à Luc Frieden, le candidat tête de liste du CSV.

Les explications de la ministre de l’Environnement, Joëlle Welfring, et du ministre de l’Énergie, Claude Turmes, semblaient toutefois assez techniques. Le nouveau Pnec prévoit que d’ici 2030, la consommation énergétique du Luxembourg soit couverte non seulement à hauteur de 25 % par de l’électricité, de la chaleur et des carburants issus de sources renouvelables, mais aussi à hauteur de 35 à 37 %. La consommation totale elle-même ne doit pas baisser de 40 à 44 % par rapport à une référence de 2007, mais de 44 %. L’objectif de réduction des émissions de CO₂ de 55 % par rapport au niveau de 2005 devrait être maintenu.

Ces chiffres, à eux seuls, ne sont pas encore très parlants. Même la mention faite lundi selon laquelle, sur 197 mesures, « 43 % sont déjà en cours de mise en œuvre », n’a guère permis de se faire une idée du niveau d’ambition de ce nouveau plan ni de son éventuelle complexité politique. Mais auparavant, Xavier Bettel s’était accordé un long temps de parole. Il a longuement souligné que c’était lui qui avait convoqué le « Biergerrot du climat », qu’il avait annoncé lors du discours sur l’état de la nation 2021. Il a assuré que les recommandations du Biergerrot avaient été prises en compte et que le nouveau plan était « élaboré par les citoyens pour les citoyens ». Il s’agit « de l’avenir du pays » et de celui « de nos enfants et petits-enfants ». Mis à part le fait que le Premier ministre consacre depuis 2019 une large place à ce sujet dans ses déclarations sur la situation du pays, il était rare d’entendre autant parler de climat d’un seul coup de la bouche d’un politicien du DP que ce fut le cas lundi. Reste à savoir, si le DP s’engage déjà autant en faveur de la protection du climat, s’il reste encore quelque chose à faire pour les Verts ? Après tout, la campagne électorale a déjà commencé.

La mise à jour du Pnec est en effet très ambitieuse. Cela n’est pas ressorti clairement lors de la conférence de presse, car le projet a été élaboré dans l’urgence. La consultation publique a débuté immédiatement après la conférence et se poursuivra jusqu’au 17 mai. Compte tenu des révisions à apporter au projet, il sera difficile de respecter la date limite de fin juin fixée par la Commission européenne. C’est ainsi que le ministre de l’Énergie, Claude Turmes, s’est emporté un instant en réponse à la question d’un journaliste qui lui demandait pourquoi le gouvernement ne souhaitait pas en faire davantage : « Je ne vois absolument pas les choses ainsi ! »

Turmes a probablement raison. C’est ce qui ressort à la lecture du document de plus de 300 pages, disponible en ligne sur emwelt.lu. Le gouvernement table par exemple sur une augmentation considérable de la demande en électricité d’ici 2030. Le Pnec actuel évoque 6 700 gigawattheures. Ce chiffre ne serait guère supérieur à celui d’aujourd’hui ; depuis des années, la consommation annuelle d’électricité oscille autour de 6 500 gigawattheures. En 2021, 1 000 giga-heures revenaient aux ménages, 1 600 aux entreprises et 3 700 à l’industrie grande consommatrice d’électricité. Dans la mise à jour du Pnec, en revanche, on table sur plus de 8 100 gigawattheures d’ici la fin de la décennie. Ce chiffre inclut les pompes à chaleur et les voitures électriques, mais aussi la décarbonisation des processus industriels grâce à l’électrification. Le tout dans le contexte d’une population et d’une économie qui devraient continuer à croître.

Cela nécessitera inévitablement davantage d’électricité verte. Beaucoup plus. Au lieu des 2 200 gigawattheures prévus en 2020, on table désormais sur 3 000 pour l’année 2030. Cela représenterait trois fois plus que ce qui est produit aujourd’hui au Luxembourg, et ce en l’espace de sept ans seulement. Le ministère de l’Énergie ne pense pas que la part de l’énergie solaire puisse augmenter davantage que ce qui avait été prévu en 2020. Et même les 1 100 gigawattheures visés pour 2030 représenteraient sept fois plus qu’en 2021. On mise apparemment davantage sur l’énergie éolienne : 1 000 gigawattheures d’ici 2030 ; alors que le plan d’il y a quatre ans tablait encore sur 674, et que 314 gigawattheures ont été atteints en 2021. Cela dit : selon la mise à jour du Pnec, il n’y aurait pratiquement pas de nouveaux sites éoliens. C’est le « repowering » des installations existantes, visant à augmenter leur puissance, qui devrait permettre d’accroître le rendement. Puis ce sera fini. Le fait que le Luxembourg souhaite néanmoins couvrir 60 % de ses besoins élevés en électricité avec des énergies « vertes » d’ici la fin de la décennie, et atteindre les 100 % d’ici 2035, devrait passer par une participation dans des installations à l’étranger. Il est évident que cela coûtera cher. Si le processus doit s’accélérer par rapport à ce qui était prévu jusqu’à présent, c’est notamment parce que l’UE a décidé l’année dernière, après l’invasion russe en Ukraine, d’atteindre plus rapidement une plus grande autonomie énergétique et a relevé ses objectifs en matière d’énergies renouvelables dans le cadre du programme RePowerEU.

L’État va « investir massivement », a annoncé Xavier Bettel. Malheureusement, le gouvernement n’est pas encore en mesure de préciser quel sera le montant des moyens financiers alloués ; « tout n’est pas encore inscrit au budget ». Or, l’approvisionnement en énergie verte est un élément important, mais pas le seul, de l’équation. Les aides aux entreprises en constituent un autre. Les aides aux citoyennes et citoyens en constituent un autre. En fin de compte, le Pnec actualisé présente un concept conforme aux lois du marché visant à renforcer la protection du climat. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’assurance donnée par M. Bettel : « nous ne laisserons pas les gens seuls ». Qu’il s’agisse du remplacement des systèmes de chauffage au fioul et au gaz ou de l’isolation thermique des bâtiments anciens : il ne doit pas y avoir d’interdictions ni de réglementations pour les citoyennes et citoyens, mais des incitations généreuses. L’isolation des immeubles de bureaux sera rendue obligatoire, et l’État devra montrer l’exemple. En somme, les Verts n’ont aucune envie de passer pour le « parti des interdictions » pendant la campagne électorale ; le DP, qui aime se donner une image « verte », encore moins. C’est là que résidait l’intérêt politique de la présentation du Pnec lundi : si son approche est bien accueillie par les électeurs et électrices, la transition climatique et énergétique pourrait peut-être constituer un thème fédérateur pour un troisième mandat de coalition bleu-rouge-vert. Dans le cas contraire, cela pourrait tout de même profiter un peu au DP et au LSAP. Pour les Verts, en revanche, le Pnec revêt une importance stratégique. Pour eux, rester au gouvernement serait pratiquement inconcevable sans le DP et le LSAP. L’unité affichée lundi, avec le Premier ministre en tant que maître de cérémonie, leur a surtout été profitable.

Si cette nouvelle ambition climatique a pu être formulée ainsi, c’est bien sûr aussi parce que les « touristes à la pompe » et les navetteurs la cofinancent par le biais de la taxe sur le CO₂, dont la moitié des recettes est versée au fonds pour le climat. Le Luxembourg continue néanmoins à vendre des quantités non négligeables de carburant. Cela devrait d’ailleurs rester le cas même si le prix du CO₂ continue d’augmenter chaque année de cinq euros par tonne d’ici 2026 – ce qui correspond à une hausse de 1,1 à 1,2 centime d’accise par litre d’essence et de diesel. Le fait que le gouvernement ait inscrit la poursuite de cette taxe dans la mise à jour du Pnec six mois avant les élections peut paraître audacieux à première vue. Mais à y regarder de plus près, ce n’est pas le cas : au sein de l’UE, la mise en place d’un système d’échange de quotas d’émission pour les transports et le bâtiment – et donc d’un prix du CO₂ à l’échelle européenne – est pratiquement acquise à partir de 2027 : 45 euros la tonne, un niveau qui devrait rester inchangé jusqu’en 2030. Si le Luxembourg maintient sa taxe sur le CO₂, elle s’inscrira exactement dans ce cadre. Et, comme l’a révélé lundi la ministre de l’Environnement, la moitié des recettes pourra, à titre exceptionnel, continuer à être redistribuée à des fins sociales. Au niveau européen, ce ne sera pas le cas : un fonds social de 87 milliards sera mis à la disposition de tous, mais les subventions qui en découleront seront inversement proportionnelles à la richesse de chaque État. Au final, la taxe luxembourgeoise pourrait s’avérer être une bonne idée.

À condition que d’ici 2027, les trois pays voisins en aient une. L’Allemagne et la France en ont une, dont le taux est similaire à celui en vigueur chez nous, voire supérieur. Il n’y en a pas encore en Belgique. Si celle-ci ne suit pas le mouvement, le Luxembourg pourrait être contraint d’augmenter considérablement sa taxe afin d’éviter un afflux excessif de « tourisme à la pompe ». Peut-être jusqu’à 90 euros au lieu de seulement 45 euros par tonne. En effet, c’est surtout grâce à cette taxe qu’il sera possible d’atteindre une réduction de 55 % des émissions de CO₂, voire 58 % d’ici 2030, selon les calculs du Statec. Si la taxe restait fixée à son niveau actuel de 30 euros la tonne, la réduction ne serait que de 47 %. Il est fort probable que ce détail fasse encore l’objet de discussions au sein des 300 pages du rapport. D’un autre côté, en 2022, les prix des carburants ont parfois atteint des niveaux tels que la taxe aurait pu s’élever à 400 euros la tonne.