« Il n’y a vraiment aucune raison, à nos yeux, de ne pas dire dès aujourd’hui : fin des ajustements, fin du 13e mois – j’y ajoute le complément de fin d’année –, même si cela va de soi. » C’est ce qu’a déclaré le député du DP Carlo Wagner avant que la Chambre ne se prononce, le 5 décembre 2012, sur la dernière grande réforme des retraites. Le DP s’y opposait, estimant que la réforme n’allait pas assez loin. Wagner et son groupe parlementaire étaient convaincus « qu’il fallait dès aujourd’hui commencer à rogner les excès de notre système de retraite, avant de devoir, dans quelques années – comme le montrent clairement les prévisions –, procéder à des coupes bien plus drastiques ».
Douze ans plus tard, le DP a changé d’avis. Fin de l’« ajustement », c’est-à-dire de l’adaptation des retraites existantes à l’évolution des salaires réels ? Pas pour les libéraux. Pour son groupe parlementaire, l’un des principes fondamentaux du débat sur les retraites est que « ceux qui sont déjà à la retraite doivent conserver ce qu’ils ont », explique le président du groupe, Gilles Baum, au journal Land. « Par déduction », cela inclut l’ajustement des retraites.
D’un point de vue historique, il s’agit là d’un revirement considérable. La loi de réforme de 2012 stipule que l’ajustement des retraites doit être réduit au moins de moitié lorsque les dépenses de la caisse de retraite dépassent ses recettes provenant des cotisations. Il y a douze ans, Carlo Wagner avait reproché à la coalition CSV-LSAP de ne pas avoir supprimé cette mesure dès le départ, estimant que « la peur des électeurs n’était probablement pas une raison valable ». La peur de l’électeur hante-t-elle aujourd’hui le DP, car le point de basculement entre dépenses et recettes pourrait être atteint dès cette législature ? Pour Gilles Baum, la position sur les retraites relève de « notre ligne socio-libérale ». Le DP s’y tient « absolument ». Ses deux autres principes sont « l’amélioration des petites retraites » et le maintien de « l’équité entre les générations ».
Ce dernier point avait déjà été évoqué en août par Gérard Schockmel, porte-parole du groupe parlementaire chargé des retraites, lors d’une interview sur 100,7. On aurait pu penser qu’il s’agissait de la réduction de l’ajustement. Mais l’expression « équité entre les générations » peut être interprétée de multiples façons, tant que le gouvernement n’a pas présenté de proposition concrète sur la manière de modifier le système. Le programme électoral 2023 du DP stipulait que, « si nécessaire », des « ajustements visant à garantir la pérennité du système public de retraite et l’équité entre les générations » seraient mis en œuvre. Mais auparavant, on avait appris que : « Nos réserves de retraite sont encore bien garnies à l’heure actuelle. Entre 2013 et 2020, elles ont augmenté de 88 %. Afin de garantir des retraites sûres à l’avenir également, nous analyserons en permanence les recettes et les dépenses. »
Comme ces chiffres sont de toute façon analysés chaque année, cela ne donnait pas l’impression qu’il fallait « agir ». Mais plutôt celle d’un espoir persistant que la conjoncture reste suffisamment favorable pour ne pas avoir à toucher au système des retraites sur le plan politique. Le CSV a d’ailleurs suivi cette ligne : en 2018, avec son candidat de tête Claude Wiseler, il avait mené une campagne électorale contre la croissance, incluant notamment une réforme des retraites qui devait être préparée dans le « contexte économique favorable » de l’époque. Avec Luc Frieden, il a mené en 2023 une campagne électorale en faveur de la croissance. Il aurait été difficile d’annoncer une réforme des retraites. Après tout, le CSV, en tant que parti populaire, souhaitait être perçu comme « le parti de Luc » et non comme « celui du président de la Chambre de commerce », dont on aurait pu croire qu’une croissance accrue nécessiterait, entre autres, une réforme des retraites garantissant un taux de cotisation compétitif à long terme.
Le fait que le CSV soit ainsi confronté à un problème latent de crédibilité, que la ministre des Affaires sociales Martine Deprez entend atténuer par une « large consultation » et en répartissant la responsabilité entre de nombreux acteurs, constitue pour le DP une raison supplémentaire d’adopter une approche prudente en matière de retraites. Les deux sièges gagnés lors des élections législatives de 2023 ne peuvent en effet pas être uniquement attribués à Xavier Bettel, mais aussi au profil que le DP s’est forgé au cours des dix années de coalition avec le LSAP et les Verts. Le DP laisse donc le CSV se charger de se mettre à dos l’OGBL, le LCGB et la CGFP. Le fait que le syndicat des fonctionnaires d’État semble particulièrement en vouloir au DP de voir dans les retraites un « besoin d’agir », ce qu’il avait encore nié à l’été 2023 en répondant aux « questions-clés » de la CGFP, est révélateur du coût électoral d’une réforme des retraites.
En effet, en matière de retraite, le DP n’a pas toujours adopté une position socio-libérale, mais s’est longtemps montré opportuniste et clientéliste. Lors de la campagne électorale de 1999, elle a d’abord promis que, si elle arrivait au pouvoir, le régime transitoire applicable aux fonctionnaires retraités serait abrogé. Lorsqu’elle s’est rendu compte que le CSV ne l’accepterait pas, elle a revu son offre à 70 % du dernier salaire pour les fonctionnaires ayant pris leurs fonctions après le 1er janvier 1999 – au lieu d’une pension calculée sur la moyenne des cotisations, comme dans le secteur privé. Dans le secteur privé, en revanche, elle souhaitait introduire le système par capitalisation pour les jeunes actifs. Ainsi, « l’économie ne serait pas affectée », a expliqué la tête de liste Lydie Polfer (d’Land, 23 octobre 1998).
Le fait que ce soit précisément sous le ministre des Affaires sociales du DP, Carlo Wagner, que la « Rentendësch » de 2001 ait décidé non seulement d’améliorer les petites retraites, mais aussi d’accorder une augmentation structurelle de près de 11 % à toutes les retraites et pensions, et que Wagner se réjouissait, au grand désarroi de l’UEL et du Premier ministre du CSV Jean-Claude Juncker, d’avoir donné aux syndicats plus qu’ils n’en demandaient, constituait une ironie de la politique sociale. Le fait que ce même Carlo Wagner ait exigé, onze ans plus tard, « Fin du 13e mois », en était une autre, car cette prime de fin d’année avait justement été décidée lors des négociations sur les retraites.
Mais le DP avait compris depuis longtemps que ce sont surtout les gestes en faveur de la fonction publique qui portent leurs fruits sur le plan électoral : grâce à la mesure prise en 1999, il a obtenu un résultat électoral, jamais égalé depuis, de 15 sièges à la Chambre, soit un de plus qu’en 2023. Mais ne pas tenir ses promesses envers les fonctionnaires a un prix. Lorsque la réforme des retraites, qui prévoyait le calcul de la pension sur la base du dernier salaire pour tous les fonctionnaires, a échoué – sans grande surprise – face au CSV, le DP a dû, en 2004, céder sa place de partenaire junior du CSV au LSAP, malgré l’accord sur les retraites.
Les retraites du secteur public n’étant plus un sujet d’actualité, le DP est devenu un fervent défenseur des retraites complémentaires des deuxième et troisième piliers. Lorsque, à la suite d’une décision tripartite, des rapports et des analyses sur la prévoyance vieillesse ont été élaborés à partir de 2007 et qu’une réforme s’est profilée après les élections de 2009, le DP a annoncé dans son programme électoral la mise en place d’une « table ronde sur les retraites 2 » , à laquelle, comme en 2001, devaient siéger non seulement les partenaires sociaux, mais aussi les partis politiques. Celle-ci devait débattre de la manière « d’allonger la durée de la vie active » et de faire de « la préretraite une exception ». En outre, « la prévoyance individuelle deviendrait plus abordable avec le DP », afin que « d’une part, davantage d’entreprises mettent en place des régimes de retraite d’entreprise et, d’autre part, que les personnes à faibles revenus aient la possibilité de se constituer une prévoyance individuelle ».
La DP n’a pas su expliquer, ni en 2009 ni en 2013, en quoi la prévoyance privée destinée aux personnes à faibles revenus devait être comprise autrement que comme un mépris cynique, lorsqu’elle a de nouveau fait de ce thème un enjeu de campagne électorale et que son chef de file, Xavier Bettel, a déclaré sur RTL-Télé que les gens devaient « être mis face à leurs responsabilités », « se constituer eux-mêmes une retraite et verser des cotisations privées ». Lors des négociations de coalition avec le LSAP et les Verts en 2013, le DP envisageait une « véritable réforme des retraites ». Le problème politique résidait bien sûr dans le fait qu’elle aurait également dû concerner la fonction publique, dont le DP avait déçu les attentes après 1999. C’est ainsi qu’en 2015, le ministre des Finances du DP, Pierre Gramegna, a qualifié la réforme de 2012 – rejetée trois ans plus tôt par le groupe parlementaire libéral – de réforme à laquelle il fallait laisser le temps de « porter ses fruits », et qu’il n’ait vu « aucune nécessité d’agir » en matière de retraites.
Si même l’ancien directeur de la Chambre de commerce était devenu homme politique, Xavier Bettel et Claude Meisch, qui avaient fortement influencé les positions du DP en matière de politique des retraites en 2012, respectivement en tant que président de groupe parlementaire et président du parti, pouvaient eux aussi s’aligner sur une ligne socio-libérale. La direction du DP a définitivement pris conscience de ce qu’elle souhaitait après le discours prononcé par Claude Wiseler lors du congrès du CSV à Ettelbrück en 2017 : « La viabilité financière des retraites est l’un des plus grands problèmes auxquels le pays est confronté. Une politique responsable se doit de s’attaquer à ce problème. Le CSV ne se dérobera pas à cette responsabilité. » Le DP a répliqué dans son programme électoral de 2018 : « Notre système de retraites se porte bien et les réserves ont atteint un niveau record, de sorte que nous ne voyons aucune nécessité de réduire les retraites. »
De là, on en arrive directement à l’argument des « réserves bien garnies » de 2023. Le groupe parlementaire du DP d’aujourd’hui n’est plus le même que celui qui, en 2012, voulait « se tailler une part du gâteau ». Seule Lydie Polfer en fait encore partie. Aujourd’hui, si l’on écoute attentivement le président du groupe parlementaire du DP à la radio, il se présente comme « un homme des petits pas ». Peut-être que le CSV et le DP souhaitent finalement prendre une mesure modeste afin que les retraités puissent conserver leur ajustement. Après tout, ils veulent bien sûr être réélus.