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Bowie pour toujours

À Londres, le nouveau David Bowie Centre rend hommage à la polyvalence et à la créativité inépuisable du musicien britannique

Article paru dans Édition 28 novembre 2025
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Le centre est ouvert depuis septembre © CB

Une femme d’âge mûr aux cheveux teints en rose est assise à une table et lit un classeur à anneaux ouvert. Derrière elle se trouvent des armoires vitrées allant du sol au plafond, dans lesquelles de nombreuses caisses contenant d’autres documents sont soigneusement alignées les unes à côté des autres. Chaque caisse est minutieusement étiquetée.

Ce n’est pas une bibliothèque, mais le David Bowie Centre, qui vient d’ouvrir ses portes au sein du tout nouveau musée londonien, le V&A East. L’ambiance y est également plus animée que dans une salle de lecture classique, car un grand écran diffuse une vidéo compilant des extraits de concerts et de clips musicaux de l’artiste britannique.

Le David Bowie Centre abrite plus de 90 000 objets ayant appartenu au musicien, qui ont été archivés dans les règles de l’art. On y trouve notamment des paroles de chansons manuscrites, des instruments, des costumes, des notes et des dessins. Environ 200 de ces objets sont présentés dans le cadre d’expositions temporaires. Actuellement, on peut y découvrir plusieurs instruments innovants, comme le synthétiseur EMS de Brian Eno, que Bowie a utilisé pour ses albums révolutionnaires *Low* et *Heroes* (tous deux sortis en 1977). Il s’est très tôt lancé dans l’expérimentation des nouvelles technologies. Le Dübreq Stylophone, un synthétiseur analogique miniature que l’on joue à l’aide d’un stylet, a été commercialisé en 1968. À peine un an plus tard, il faisait déjà résonner la mélodie mélancolique de *Space Oddity* de Bowie.

Bowie était tout aussi innovant en matière de mode. On peut y admirer la combinaison asymétrique tricotée en laine pailletée, conçue par le Japonais Kansai Yamamoto pour la tournée « Aladdin Sane » de Bowie en 1973. À côté du costume, une photo montre Bowie en train de danser et de transpirer dans cette tenue en laine. On imagine aisément à quel point cette tenue en laine a dû être inconfortable lors de ces concerts physiquement intenses. Le manteau aux couleurs de l’Union Jack, conçu par Alexander McQueen et que Bowie porte sur la pochette de son album *Earthling*, semble plus confortable. D’autres pièces parmi les quelque 400 vêtements des archives sont suspendues au plafond de la salle d’exposition, enveloppées dans des emballages spéciaux.

Bowie, qui est devenu l’une des plus grandes légendes du rock, a également connu des revers au cours de sa carrière. On peut y voir une lettre du label des Beatles, qui avait refusé David Bowie en 1968. « Comme nous vous l’avons dit au téléphone, Apple Records n’est pas intéressé par la signature d’un contrat avec David Bowie », peut-on lire dans la lettre. « Nous estimons qu’il ne correspond pas à ce que nous recherchons actuellement. »

Outre ses nombreux albums, clips vidéo et tournées, Bowie travaillait sans cesse sur d’autres projets. Le V&A expose des croquis relatifs à des projets de films tels que *Young Americans* et *Diamond Dogs*, ainsi que des notes pour une comédie musicale dont l’action se déroulait au XVIIIe siècle. Ces projets n’ont malheureusement jamais abouti. Bowie s’intéressait passionnément aux formes d’expression. C’est ce que montrent clairement ses notes, selon Harriet Reed, conservatrice au V&A. « Le genre de notes qu’il prenait, par exemple les listes de choses à faire concernant les films qu’il voulait voir, les livres qu’il voulait lire… Cette soif de culture est vraiment fascinante et montre pourquoi il était si infatigablement créatif », a déclaré Reed dans une interview accordée à l’Associated Press.

Il est lui-même devenu incontournable dans la vie culturelle de ces 50 dernières années. Le V&A met en lumière, dès l’entrée du centre, l’influence qu’il a exercée sur les artistes, les designers, les musiciens et même les hommes politiques. Chappell Roan compare son personnage de scène à Ziggy Stardust de Bowie : « Chappell est un personnage, je ne peux pas être ici tout le temps », explique la chanteuse. « C’est tout simplement trop. » Charli XCX évoque elle aussi l’influence de Bowie : « Il a montré ce que peut être une pop star – ne serait-ce que sur le plan physique, grâce à sa métamorphose radicale d’un album à l’autre, d’une époque à l’autre. »

Certains pensent que David Bowie a contribué à la chute du mur de Berlin grâce à un concert. En 1987, il a interprété la chanson « Heroes » lors d’un festival à Berlin-Ouest. Cette chanson raconte l’histoire d’un couple séparé par le mur. Comme la scène était située près de la frontière, les Berlinois de l’Est pouvaient eux aussi l’entendre. « C’était donc comme un double concert, où le mur symbolisait la séparation. Et nous pouvions les entendre acclamer et chanter. Mon Dieu, même aujourd’hui, j’en ai encore la chair de poule. Ça m’a brisé le cœur », a déclaré David Bowie en 2003 au magazine Rolling Stone. Le ministère allemand des Affaires étrangères a tweeté le jour de sa mort, le 11 janvier 2016 : « Adieu, David Bowie. Tu fais désormais partie des #héros. Merci d’avoir contribué à faire tomber le #Mur. »

Bowie, décédé à l’âge de 69 ans, a commencé dans les années 1990 à collectionner des objets pour ses archives personnelles. Il conservait également les cadeaux et les créations artisanales de ses fans. Ceux-ci se sont réjouis lorsque le V&A a annoncé, il y a deux ans, qu’il avait reçu la succession de David Bowie et qu’il prévoyait de rendre ses archives accessibles au public.

L’affluence est telle que le centre, ouvert depuis septembre, ne délivre des billets que par tranches horaires. L’espace d’exposition est très épuré, car le David Bowie Centre est une archive vivante ; seule une fraction des objets de la collection est exposée. Si vous souhaitez voir des objets spécifiques, vous pouvez réserver à l’avance afin de les admirer en toute tranquillité dans la David Bowie Study Room. La visite nécessite donc un peu d’organisation, mais elle est vivement recommandée.