Kindy Fritsch, promoteur immobilier, s’est retrouvé placardé en une des sites d’information et des journaux imprimés entre lundi après-midi et mardi matin après l’annonce d’une enquête judiciaire spectaculaire le visant. Le Wort l’a notamment affiché avec sa cavalière, l’influenceuse et présentatrice allemande Palina Rojinski, lors du gala de la Croix rouge en décembre 2023. L’une des rares photos du petit-fils du fondateur de Cactus et l’un des principaux bailleurs de l’État, principalement à Hamm où il a acquis des terrains et bâti son petit empire immobilier depuis 2014.
La publicité donnée à la procédure a fait bondir l’intéressé et son avocat. Le parquet a officialisé le coup de filet lundi en fin d’après-midi après avoir été contacté par des journalistes déjà au parfum. L’administration judiciaire a donné des détails sans jamais écrire le nom du suspect. Des perquisitions ont été effectuées entre les 10 et 15 juin au Luxembourg, à Monaco (où il réside en partie), en Belgique et en Suisse dans le cadre d’une enquête sur de possibles infractions d’abus de biens sociaux, de banqueroute frauduleuse, d’escroquerie, d’abus de confiance, de faux intellectuel et de blanchiment d’argent. Le préjudice au détriment d’un fonds d’investissement luxembourgeois est estimé à 200 millions d’euros.
Six personnes physiques et 27 sociétés sont visées. L’enquête s’est prolongée chez les auditeurs, les banques et les compagnies d’assurance-vie, mais ces prestataires de services ne sont pas incriminés. Des saisies ont été opérées. Pas moins de soixante policiers ont été mobilisés, ainsi que sept membres du bureau de gestion des avoirs (BGA).
L’identité du principal suspect était donc connue des journalistes et la dimension extraordinaire du dispositif a laissé croire en une fraude de grande ampleur. Or, côté Kindy Fritsch, on reproche un manque de proportionnalité. Dans un communiqué envoyé dès 18 heures lundi, son avocat, Philippe Penning, a rappelé l’origine de la procédure : un litige entre investisseurs sur les affectations d’actifs dans un fonds. Le plaignant en question serait la société Octogone qui porte notamment les intérêts de Romain Bontemps, ancien patron de l’auditeur Grant Thornton. « À ce jour, cette affaire n’a fait l’objet d’aucun jugement au fond et l’ensemble des faits et infractions visés par l’enquête en cours sont formellement contestés », écrit Penning. Le montant investi se limiterait d’ailleurs à 800 000 euros. L’avocat va plus loin : les procédures initiées par « les investisseurs minoritaires », comme la nomination d’un administrateur provisoire, auraient précipité les faillites au sein du groupe et fait écrouler l’édifice. L’avocat et son mandant, qui n’aurait plus de liquidités de ce fait, menacent de déposer des recours contre l’État.
Dans un courrier personnel (et pour le moins atypique) envoyé mercredi à certaines rédactions, Kindy Fritsch dénonce des « hallucinations du parquet », ses « efforts pour (le) salir sinon (le) détruire » et l’absence de contradictoire. Il est là rejoint par son avocat qui voit un abus du recours à la mini-instruction. Ladite procédure se généralise ces derniers mois dans la lutte contre la criminalité en col blanc. Cette généralisation s’explique par la réforme du Code pénal votée en décembre dernier pour « remédier aux critiques du Gafi (Groupe d’action financière), permettre une accélération des procédures en matière pénale et améliorer le cadre légal national pour prévenir l’abus criminel du système financier », comme il était écrit dans l’exposé des motifs du projet de loi de réforme. Dans leur avis, les avocats s’étaient fermement opposés à cette extension de cette procédure qui existe depuis 2006 et qui serait « loin d’être respectueuse des droits de la défense ». Le conseil de l’ordre stigmatise notamment l’absence de saisine du juge d’instruction, l’impossibilité d’inculper et donc d’accéder au dossier pénal pour la personne soupçonnée. Cette dernière ne peut ainsi pas participer activement à l’instruction (en demandant des actes complémentaires) ni même donner sa version des faits. D’autant plus que, si le juge d’instruction a l’obligation d’enquêter à charge et à décharge, tel n’est pas le cas du parquet. L’inculpation, le cas échéant, n’intervient que brièvement avant la demande de renvoi devant une chambre correctionnelle.
L’affaire Kindy Fritsch fait irruption dans un contexte de fragilisation du secteur immobilier, entre pratiques frauduleuses (Cenaro), litiges (Olos, Immocroissance) et de nombreuses faillites… dont tout un chapelet de sociétés de la galaxie Fritsch. Les errements financiers de ce dernier ont laissé des chantiers en souffrance comme une résidence à Esch ou encore 70 000 mètres carrés à Hamm… et de nombreux créanciers sur le carreau. Kindy Fritsch a déjà été condamné, le 20 mars 2025 pour abus de biens sociaux, une sentence frappée d’appel. Il est en outre inculpé dans une affaire l’opposant à son ancien associé dans l’une de ses premières affaires, la société de location-vente de véhicules, Autotax, rue de Bitbourg à Hamm, déjà. L’affaire devait être plaidée la semaine passée, mais la partie civile a demandé une remise d’audience.