CD The United Colors of Trouble Books de Trouble Books

Si loin, si proche

d'Lëtzebuerger Land du 07.05.2009

Un dessin d’une maison campagnarde, comme il doit en exister mille en ruralité alpestre, orne la couverture du The United Colors Of Trouble Books de Trouble Books, sortie estampillée Own Records. Derrière elle, un semblant de paysage trouble, abstrait, onirique et enfantin. Mine de rien, cette pochette se révèle être un préambule de ce qui va suivre, une fois la lecture entamée. 

Un folk lo-fi qui ne crache pas sur les drones, aimant s’enfonçant dans des atmosphères délétères, impressionnistes et lointaines, tandis que les voix oscillent entre une familiarité troublante et un chant mat, comme si les protagonistes avaient l’esprit ailleurs.

Trouble Books nous vient d’Akron, Ohio et cette origine géo-graphique est loin d’être innocente dans l’approche du groupe. En effet, la formation progresse dans des ambiances réminis­centes du climat continental qui règne dans le Middle West des États-Unis, tantôt rugueuses tantôt ensoleillées. Evidemment, ce parallèle prend tout sa pertinence lorsque qu’on apprend que la formation a enregistré ces pièces sonores durant l’hiver où les rares moments de soleil sont pris comme une bénédiction et que cette formation ou encore shitty orchestra, comme les membres s’appellent affectueusement, est composée de voisins et d’amis assistés par un laptop homestudio.

Dès les premières mesures, après quelques légers crépitements, des cuivres et un beat maladif nous entraînent dans des contrées déjà traversées par des maîtres comme Talk Talk ou Hood, où l’espace entre les instruments ou les notes devient un instrument en soi. Ensuite Strelka par l’entremise d’un drone, distend le temps, et les voix mixtes s’installent dans un écrin impressionniste et poétique, qui se refuse à toute notion de rigueur métronomique, véritable hérésie pour tous les tâcherons qui considèrent encore la précision comme seule et unique valeur refuge, une avalanche de clochettes venant clôturer le morceau. Suivent des morceaux (avec e.a. le très beau shaky science) qui prennent d’autres libertés  avec le folk de papa par l’entremise des drones somptueux qui prennent peu à peu le dessus des chansons à proprement dites, naviguant à vue mais avec une intime et discrète conviction, tout en utilisant cuivres et cordes à bon escient. L’apesanteur domine, mais une apesanteur languide et para­doxalement lourde, comme un semi sommeil entremaillé de sursauts, provoqué par des rêves se finissant en queues de poisson (certaines compositions en fin de parcours connaissent d’ailleurs le même sort après des débuts pourtant engageants). 

Mais, Trouble Books prend aussi un malin plaisir à retourner ses compositions comme un gant, à l’image de for all dead friends, qui sous des débuts bucoliques et mélancoliques, cache un drone de distorsion tapi qui s’étale sur les trois quarts du morceau rappelant les vagues de guitares chères à My Bloody Valentine.

David André
© 2017 d’Lëtzebuerger Land
Partager cette page sur

à la une

Lire aussi …

David André
Catégories: Rock
Édition: 30.04.2009
Label luxembourgeois fondé en 2008, Granny Records fait doublement parler de lui en ce début de printemps. En effet, les sorties à intervalles serrés du Lungwork d’Everwaiting Serenade et de The one with the strongest heart, a conscience of …
David André
Catégories: Rock
Édition: 09.04.2009
Considéré comme un artiste à suivre par certains, par un mystificateur potache par d’autres, Raftside (Filip Markiewicz), derrière ses lunettes de soleil blanches, gimmick emprunté et rendu à Michel Polnareff depuis belle lurette, continue son …
David André
Catégories: Rock
Édition: 19.03.2009
Avec Squares on Both Sides, pseudonyme de Daniel Buerkner, jeune homme oscillant entre Berlin et Mu­nich, l’écurie eschoise Own Records accueille enfin à nouveau en son sein un Européen ! Après les âpres débuts en tant que microlabel, où les …
David André
Catégories: Rock
Édition: 12.03.2009
Cela fait un petit bout de temps que l’asbl Panoplie organise des concerts au Luxembourg, invitant des artistes et des groupes italiens plus ou moins underground. Petit à petit, on s’est mis à rêver de label. Tout d’abord timidement, avec deux …
William Shambuyi
Catégories: Rock
Édition: 19.02.2009
Une nappe de guitares aérées, une grosse caisse accompagnée d’une belle basse bien ronde, le tout ponctué d’un enthousiasmant « wooo ! » de la part du chanteur et guitariste, Olivier Treinen, et nous voilà à bord du nouveau Metro. Pas la peine de …